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Parmi ces pays, certains sont entièrement de langue française, dautres ne lutilisent que partiellement, pour dautres elle ne représente quune langue étrangère maîtrisée par une partie plus ou moins grande de la population. Si lon considère le nombre de personnes pouvant réellement sexprimer en français, le chiffre doit être ramené à un niveau de lordre de 200 millions de personnes. Il apparaît ainsi, de manière évidente, que le concept de francophonie est aujourdhui plus vaste que son sens dorigine (1880) : ensemble des gens ayant dans le monde le français pour langue maternelle ou seconde. La raison en est simple. Le terme de francophonie est passé en une vingtaine dannées dune notion purement géographique à lexpression dun ensemble politique volontariste. Au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe, il y eut un mouvement dexpansion des puissances européennes dans le monde, auquel la France et la Belgique - nations francophones - prirent une part notable. Lusage du français se répandit dans un vaste ensemble colonial, tandis que le rayonnement de la France sétendait à dautres régions du monde (Amérique latine, Proche-Orient). Le français, langue des conférences, de la diplomatie, des congrès de tous ordres, passait alors pour jouir dune position éminente, dont on nimaginait pas quelle pût être remise en cause. Au cours du XXe siècle cependant, lascension politique et économique des États-Unis, conjuguée à lexistence dun vaste monde anglophone issu de lempire britannique, fut la cause dune expansion continue de la langue anglaise, ou plutôt anglo-américaine, qui finit par constituer une menace pour la position du français dans le monde. Alors intervint une lente prise de conscience du recul du français, peu à peu évincé du monde des affaires, de celui des sciences, des moyens modernes de communication. À cette prise de conscience répondit une volonté politique, affirmée dabord non pas par la France - qui achevait juste de se séparer de son domaine colonial et craignait dêtre soupçonnée de néocolonialisme -, mais par des personnalités politiques incarnant des pays de lancienne sphère française : Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Hamani Diori (Niger), Habib Bourguiba (Tunisie), Charles Hélou (Liban). Car tous les pays qui avaient en partage la langue française sentaient de façon plus ou moins nette quils avaient aussi en commun des intérêts politiques, économiques et culturels, et quils pourraient constituer un ensemble géopolitique susceptible de saffirmer face au monde anglo-saxon, au bloc de lEst, à la communauté hispanique et aux géants dAsie. Ce sommet, qui se tient tous les deux ans, constitue linstitution suprême de la francophonie. Divers organismes à vocation particulière se vouent aussi à cette uvre : le Haut Conseil de la francophonie, lAgence universitaire de la Francophonie (AUF), etc. En 1996 est créé le Secrétariat général de la francophonie, institution permanente dirigée par M. Abdou Diouf depuis 2002. Les missions imparties à la francophonie sont regroupées en cinq grands domaines dactivité.
Au-delà de ces missions, la francophonie constitue un forum au sein duquel tous les États membres, quelle que soit leur importance, trouvent à sexprimer, et leurs aspirations peuvent être efficacement relayées par la France auprès dautres instances internationales. En retour, cette communauté dÉtats donne à la France une voix plus forte pour sexprimer sur la scène mondiale. Elle rend ainsi à la France son rôle de puissance majeure et en fait son porte-parole naturel face aux autres puissances. La francophonie représente un groupe de pression apte à défendre la place du français dans les organisations internationales et à sopposer à luniformisation culturelle que cherche à imposer le monde anglo-saxon. De plus, la francophonie, espace de coopération entre des membres si divers, porte haut les valeurs qui furent de longtemps véhiculées par la langue française : lhumanisme, la liberté, lindépendance, le progrès. LAcadémie française apporte sa pierre à cet édifice, par ses actions, ses liens privilégiés avec diverses instances francophones, par le grand prix de la francophonie quelle décerne chaque année à « une personne physique francophone qui, dans son pays ou à léchelle internationale, aura contribué de façon éminente au maintien et à lillustration de la langue française ». |
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