Dire, Ne pas dire

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  Quels mots, quelles tournures choisir, retenir ou rejeter parmi ce qui s’entend et se dit ?

Voici la première série de cette nouvelle rubrique, Dire, Ne pas dire, qui donne le sentiment de l’Académie française sur les fautes, les tics de langage et les ridicules qui s’observent le plus fréquemment dans le français contemporain. Pour nous écrire : direnepasdire@academie-francaise.fr.

Les internautes nous écrivent. Série 2, série 3, série 4, série 5, série 6, série7, série 8.

Consultation directe du site "Dire, Ne pas dire".

I. Emplois fautifs

Sur
Après que
Pas de souci
Au niveau de

II. Néologismes et anglicismes

Impacter
Best of

III. Extensions de sens abusives

Gérer
Quelque part

IV. Les bonheurs et les surprises de la langue française

Oui
Coi / quiet

Le « blog »
ou, mieux,
le bloc-notes des académiciens

S.N.C.F.

On peut ne pas se troubler de l’insertion de plus en plus fréquente d’expressions anglaises dans les rubriques de nos journaux, lorsqu’elle ne signifie pas autre chose qu’un clin d’œil, comme c’est souvent le cas dans les revues féminines où le it shoes, le cross-dressing ou les filles cute ne feront qu’une saison. Il ne paraît pas en être de même lorsque, insidieusement, les organisateurs de notre vie quotidienne se permettent d’exprimer en anglais les réalités les plus courantes.

Quelle ne fut pas ma surprise, il y a peu, de constater que le billet qui m’était délivré par mon agence de voyages et me permettait de me rendre à Bordeaux par le T.G.V. portait à ma connaissance que mon seat, situé dans le coach 1, portait le numéro 55 ! J’en marquai ma surprise, croyant à une erreur de programmation de l’ordinateur dont on aurait manipulé le menu, mais on me répondit qu’il en était désormais ainsi.

J’ose espérer qu’il ne s’agissait que d’une malfaçon locale, mais en suis-je si sûr ? Notre bonne S.N.C.F. ne se permit-elle pas déjà d’introduire ses S’Miles dans son langage publicitaire ? Ne dois-je pas craindre bientôt de devoir emprunter la Mountparnasse Station pour rejoindre ma chère Bretagne, oh ! excuse me, my dear Brittany ?

Professeur Yves Pouliquen
de l'Académie française

 

I. Emplois fautifs

Sur

La préposition sur ne peut traduire qu’une idée de position, de supériorité, de domination, et ne doit en aucun cas être employée à la place de à ou de en pour introduire un complément de lieu désignant une région, une ville et, plus généralement, le lieu où l’on se rend, où l’on se trouve.

On dit

On ne dit pas

Je travaille à Paris.
Je vais à Lyon.
Ils cherchent une maison en Provence.

Je travaille sur Paris.
Je vais sur Lyon.
Ils cherchent une maison sur la Provence.

Après que

À la différence de avant que, qui implique une notion d’éventualité, après que, marquant que l’on considère le fait comme accompli, introduit une subordonnée dont le verbe doit être mis à l’indicatif. Je rentrerai après que la nuit sera tombée. Il est parti après que nous l’avons tous salué.
Le passé antérieur employé dans des phrases comme Après que le bateau fut sorti du port, la tempête s’éleva ou On l’applaudit après qu’il eut parlé ne doit pas être confondu avec le plus-que-parfait du subjonctif.

Pas de souci

On entend trop souvent dire il n’y a pas de souci, ou, simplement, pas de souci, pour marquer l’adhésion, le consentement à ce qui est proposé ou demandé, ou encore pour rassurer, apaiser quelqu’un, Souci étant pris à tort pour « difficulté », « objection ». Selon les cas, on répondra simplement oui, ou bien l’on dira Cela ne pose pas de difficulté, ne fait aucune difficulté, ou bien Ne vous inquiétez pas, Rassurez-vous.

Au niveau de

Cette locution, signifiant « à la hauteur de », décrit la position dans l’espace de deux choses l’une par rapport à l’autre. Il en va ainsi dans des phrases comme : Une brèche est apparue au niveau de la ligne de flottaison, Construire une terrasse au niveau du salon, Le navire parvient au niveau de la jetée, et, figurément, Se mettre au niveau de son auditoire.

On dit

On ne dit pas

En ce qui concerne l’horaire
Quant à l’horaire
Pour ce qui touche au salaire
Quant au style

Au niveau de l’horaire
Au niveau du salaire
Au niveau du style

II. Néologismes et anglicismes

Impacter

Le substantif Impact, désignant le choc d’un projectile contre un corps, ou la trace, le trou qu’il laisse, ne peut s’employer figurément que pour évoquer un effet d’une grande violence. On ne saurait en faire un simple équivalent de « conséquence », « résultat » ou « influence ».
C’est à tort qu’on a, en s’inspirant de l’anglais, créé la forme verbale Impacterpour dire « avoir des conséquences, des effets, de l’influence sur quelque chose ».

On dit

On ne dit pas

La crise affecte l’activité économique, a des conséquences sur l’activité économique, modifie la rentabilité, touche l’opinion.

La crise impacte l’activité économique, impacte la rentabilité, impacte l’opinion.

Best of

Mot anglais très couramment employé, Best-of,souvent écrit Best-off, désigne une sélection d’airs d’opéra, de chansons, de sketchs, d’extraits d’émissions ayant connu un succès particulier.
Ce terme, qui tend avant tout à faire vendre les disques des chanteurs ou des imitateurs, est étendu à d’autres domaines pour désigner une revue sélective de ce qui a ou qui peut rencontrer la faveur du public. Le best-of de la mode, du design, un best-of de citations, de recettes.
On peut dire la même chose en utilisant le mot français de florilège, la formule le meilleur de, ou, simplement, s’en tenir aux termes de revue, choix, sélection.


III. Extensions de sens abusives

Gérer

Gérer signifie « administrer, veiller à la bonne marche de ce que l’on possède ou qui vous est confié ». On gère des biens, un établissement, un domaine et,par extension, un budget, des affaires.
Employer le verbe gérer lorsqu’on évoque des faits de la vie personnelle, des émotions, des sentiments, c’est étendre abusivement un terme qu’il faut réserver à ce qui est matériel.

On dit

On ne dit pas

Affronter un divorce
Faire face à un échec
Vivre avec ses doutes
S’occuper de ses enfants

Gérer un divorce
Gérer un échec
Gérer ses doutes
Gérer ses enfants

Quelque part

Quelque part s’emploie pour parler d’un lieu indéfini, qu’on ne peut ou ne veut nommer. Il est caché quelque part, nous voudrions bien savoir où.
La mode s’est répandue d’utiliser cette locution pour exprimer le vague de sa pensée. Je pense, quelque part, que… Quelque part, on peut dire…
Si l’on veut faire état de sa réserve ou de sa perplexité, on dispose des expressions d’une certaine manière, en quelque façon, en quelque sorte, etc.

IV. Les bonheurs et les surprises de la langue française

Oui

Oui est, en français, l’adverbe qui marque l’approbation, l’acquiescement. On évitera de lui substituer d’autres adverbes ou locutions adverbiales que l’on détourne de leur sens propre, croyant sans doute donner plus de poids à sa réponse ou à son affirmation. Absolument, Effectivement, Tout à fait, Exactement, Parfaitement sont excessifs quand il suffit souvent de dire Oui.

Coi / quiet

Ces deux adjectifs sont issus du même adjectif latin Quietus, l’un par la langue populaire, l’autre par évolution savante.
Coi ne s’emploie plus guère aujourd’hui que dans des locutions : Se tenir coi, immobile et silencieux. Rester, demeurer coi, se taire.
Quiet, par opposition à Inquiet, se dit surtout de qui est serein, paisible, a l’esprit tranquille. Demeurer quiet malgré des revers de fortune. On parle par extension d’un quiet abandon, d’une vie quiète.