e
lan IV à lan IX, à plusieurs reprises, les
membres de lInstitut ont manifesté le désir davoir
un signe distinctif : carte, médaille, insigne, habit. Ces
demandes se sont produites, semble-t-il, après des incidents
de séance publique ou de cérémonie officielle :
question de préséance, difficulté de parvenir à
la place désignée, outrages même puisque le mot
a été écrit par un président. Cest
après avoir reconnu la nécessité dun signe
distinctif et éprouvé linsuffisance de la carte
ou de la médaille, que lInstitut juge convenable de solliciter
un costume particulier.

xtrait du procès-verbal de la commission des fonds, du 4 Ventôse, an IX
« La Commission sétant assemblée extraordinairement
avec les membres de lInstitut, qui avaient été appelés
pour délibérer définitivement sur le costume, a
arrêté quil ne serait rien changé à
la couleur de lhabit, qui serait noir ainsi que le gilet et la
culotte ou le pantalon ; mais que la broderie serait en soye verte
figurant une branche dolivier, que lhabit serait brodé
entièrement, et que les membres seraient libres de ne faire quun
petit costume,dont le colet et les parements seraient brodés
comme un grand costume avec une seule baguette autour de lhabit,
(en renvoi paraphé : ce petit costume sera seul de rigueur) :
que le dit arrêté sera remis au Ministre de lIntérieur ».

RRÊTÉ DU GOUVERNEMENT SUR LE COSTUME DES MEMBRES DE LINSTITUT 23 floréal, an IX.
Les Consuls de la République, sur le rapport du Ministre de lIntérieur
et la proposition de lInstitut national, le Conseil dÉtat
entendu, arrêtent :
ARTICLE
PREMIER. - Il y aura pour les membres de lInstitut national
un grand et petit costume.
ART.
2. - Ces costumes seront réglés ainsi quil
suit : Grand costume. - Habit, gilet ou veste, culotte ou pantalon noirs,
brodés en plein dune branche dolivier, en soie, vert
foncé ; chapeau à la française.
Petit
costume : Même forme et couleur, mais nayant de broderie
quau collet et aux parements de la manche, avec une baguette sur
le bord de lhabit.
ART.
3. - Le Ministre de lIntérieur est chargé
de lexécution du présent arrêté, qui
sera inséré au Bulletin des Lois.
Le Premier Consul, Bonaparte

N IX. - LE COSTUME
Le
principe du costume est arrêté par lInstitut dans
la séance générale du 5 Vendémiaire, an
IX.
Le
26 Brumaire sur le rapport du citoyen Regnaud de Saint-Jean dAngély,
la section de lintérieur du Conseil dÉtat
adopte un projet dhabit : drap noir avec doublure ponceau, broderie
ponceau, chapeau à trois cornes, ceinture noire avec franges
ponceau et or.
Paris le 27 Brumaire, an IX de la République française, une et indivisible.
Le
Ministre de lIntérieur (par intérim), au Président
de lInstitut national.
Par larrêté
du cinq Vendémiaire, Citoyen Président, lInstitut
a transmis au Gouvernement le désir quil avait dobtenir
un costume particulier.
Le
Gouvernement connaît trop tout ce quil y a dans ce corps
dartistes habiles, pour prendre sur lui de proposer un costume : il ma chargé de vous inviter à lui soumettre vos
idées à cet égard. Je vous salue.

u
28 Frimaire, an IX
«
... La Commission réunie avec les commissaires nommés
pour arrêter la forme et couleur du costume à proposer
lInstitut, a arrêté que lhabit serait brun
foncé avec une broderie en soye de la même couleur, mais
dune teinte plus claire, conformément aux échantillons
ci-joints. »
Paris, le 29 Nivôse, an IX. De la République une et indivisible.
Les Consuls de la République, après avoir entendu le Ministre de lIntérieur, arrêtent ce qui suit :
Le
costume des Membres de lInstitut national consistera dans un habit
français de drap noir, brodé dun feuillage dolivier
en soie aurore ; et dans une ceinture de soie, couleur de la broderie,
avec des franges couleur de lhabit.


 ous
allons, si vous le permettez, examiner un instant cet habit, dun
oeil froid, avec la plus stricte impartialité, sans prétendre
le mettre aux nues ni lui entamer son procès, surtout sans nous
hâter den rire, bien quil ait parfois fait pleurer ! Il na jamais joui dune complète réputation
décorative. On saccorde généralement à
le trouver rigoureux, maussade et sans allégresse. Je crois que
cette mauvaise opinion lui vient de la couleur de son plumage qui na
pas été comprise.
Cette
couleur, je nai pas à vous lapprendre, cest
le vert, puisquil faut lappeler par son nom... Mais
un vert particulier qui ne se rencontre quici sur nos épaules
et à nos flancs, le vert de la Maison, ce vert de cabinet de
travail et détude davoué, un vert de portefeuille
et dabat jour, de drap de bureau et de reliure de dictionnaire.
Eh bien, ce vert, même si la raison ne le comprend pas, avait
cependant ses raisons ; il était indiqué, symbolique,
fatal. Nous ne pouvions pas y échapper.
Quelle autre couleur en effet eût conçu laudace de
lui disputer la palme ?
Le
rouge était dune humeur violente et guerrière incompatible
avec nos honnêtes travaux. Le bleu ? Par galanterie anticipée,
on le réservait aux dames porteuses de bas de cette même
nuance, pour le jour où elles deviendraient, elles aussi, membres
de lInstitut. Le blanc, si salissant, sentait dailleurs
trop son roi. Le violet était trop déglise, lorangé
dun vaniteux fracas et le jaune eût fait sourire. Alors ?
Il ne restait donc que le vert de vraiment qualifié pour un habit
qui déchaîne à la fois tant de convoitises, de dédains,
de sarcasmes, dambitions et de rêves, le vert qui est justement
la couleur de labsinthe, de la bile et de lespérance
... Et fallait-il, étant donné linévitable
vert que ce fût un vert « artiste » et poétique,
le vert frivole et vain de lémeraude ou de la feuille deau ?
ou le vert montagnard et gai du Tyrolien ? ou le vert exotique,
ce vert glorieux de létendard du Prophète, ou celui,
plein de volupté, des voiles de Scheherazade ? Non, tous
ces verts là nétaient pas pour nous. Le seul qui
simposait, se justifiait, le seul définitif était
bien celui qui sut nous échoir, le vert sérieux, le vert
académique.


ar
une touchante et généreuse coutume ... qui tend à
sétablir, notre épée obligatoire est devenue
gratuite, quelle soit offerte par les nombreux amis et admirateurs,
par un groupe de lectrices fidèles, par une société,
un comité de rédaction, la ville natale, la famille ou
simplement par une épouse chérie. Au lieu dune camelote,
elle est alors le fruit des veilles et de limagination de nos
plus fidèles grands orfèvres qui se préoccupent,
à défaut dune arme meurtrière, den
faire une arme symbolique et parlante dont les moindres parties offrent
une signification et rappellent un des titres de leur éminent
possesseur.
Rien de
ce qua, pendant plus dun quart de siècle, écrit
le maître nest oublié. Tout hommage est traduit en
devinette et la portée morale ou philosophique se révèle
en ingénieuse allégorie dans lor et largent
de la poignée.
La garde est un rébus flatteur,
la sous-garde une charade, la branche un acrostiche, le quillon un trait
desprit. La « fusée » exprime le départ,
les débuts brillants, lascension rapide, et le pommeau,
ferme comme une tête à cervelle, présente le chef-duvre
de la maturité généralement personnifié
par une femme en casque. Est-ce tout ? Non. La chape, lanneau
de porte-épée et son bouton, la bouterolle sont encore
là pour servir au rappel dune fantaisie, dun péché
de jeunesse, et si lhistorien, le dramaturge ou le critique ont
été tellement fertiles que la place manque à linventaire
de leur production, alors on y va de « lacier » dans
la rigole duquel se grave la liste des longs succès, de telle
sorte que lheureux auteur, à la façon de Bias, peut,
sous un mince volume, porter avec lui tous les siens et promener à
son côté les centièmes de son théâtre
complet affiché sur une lame légère qui nuse
rien, même pas le fourreau !

Académie
française, dès sa naissance, fit partie de la Maison du
roi. Cest pourquoi les gens de lettres qui la composaient jouirent
du droit de porter lépée.
Quand,
un siècle et demi plus tard, la Convention abolit les Académies
de la royauté, elle en annula les privilèges et lorsquelle
créa lInstitut national, elle ne savisa pas de parer
les membres de ses nouvelles académies de lemblème
dune caste honnie. Cétait le temps des muscadins ;
les académiciens portèrent une canne ornée de la
Minerve symbolique.
Par la suite, des dignitaires de lEmpire,
désireux de conserver leurs attributs militaires, puis sous la
Restauration, des nobles aspirant à marquer la dignité
de leur ordre prirent sans doute lhabitude de conserver leur épée
en revêtant leur tenue dacadémicien.
Par ailleurs, au cours du XIXe
siècle, les progrès du pouvoir gouvernemental contribuèrent
à conférer à lépée une signification
nouvelle. Elle devint lemblème des corps officiels de lÉtat.
Outre les officiers de larmée, portaient lépée
les ambassadeurs et leurs secrétaires, les consuls, les amiraux,
les gouverneurs, les préfets et sous-préfets, les inspecteurs
des finances et même les élèves de certaines écoles
destinées à former les cadres nationaux.
Puisque
la mission des membres de lInstitut était de perfectionner
les lettres, les arts et les sciences, dapprécier et de
diriger les créations de la nation, cela pouvait apparaître
normal quils se trouvent dotés de ce signe dautorité.
Lusage sen affirmera donc.
Cependant,
chercheurs, artistes et écrivains étaient mieux placés
que quiconque pour savoir combien il est vain de prétendre exercer
une direction dans le domaine des créations de lesprit.
Aussi furent-ils très rapidement portés à donner
à leur épée, symbole ordinaire de dignité
et dautorité, un sens bien différent. Alors que
la forme des épées des autres fonctions officielles demeurait
fixée par des canons qui nadmettent guère de dérogation,
les épées des académiciens furent conçues
avec beaucoup de liberté. Elles renoncèrent à exprimer
la fonction des académiciens et cherchèrent à traduire
la personnalité de chacun dentre eux, dont elle se voulut
lemblème.
Sans
doute est-ce à cette originalité quelles doivent
le vivant maintien de leur usage. Symboles dautorité, elles
ne sauraient impressionner quiconque et pourraient même porter
à sourire. Symboles de la personnalité dun artiste,
dun savant, dun penseur que son oeuvre a distingué
parmi les grands créateurs, elles acquièrent un
autre charme et atteignent à un autre intérêt. [
... ]
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