Dire, ne pas dire

Néologismes & anglicismes

Discount

Le 5 décembre 2019

Néologismes & anglicismes

Le nom anglais discount désigne un rabais consenti par un commerçant sur le prix d’une marchandise ; il entre aussi dans l’expression discount store, qui désigne un magasin de grande surface diffusant une gamme limitée de produits en pratiquant une réduction sur le prix de vente habituel. Ce type de pratique est ancien et le français dispose, outre rabais, de termes comme escompte, remise, réduction, etc. pour la nommer. Aussi n’est-il pas nécessaire de leur substituer l’anglicisme discount, quand bien même celui-ci serait un emprunt au français ancien desconte, ou descompte, qui désignait alors, lit-on dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française, « Ce qu’on a à prendre & à rabbattre sur une somme que l’on paye. Quand le Thresorier a avancé de l’argent aux troupes, il en fait le descompte à la fin du mois. Il y a tant de descompte ».

On dit

On ne dit pas

Une réduction, un rabais de 10 %

Le commerçant lui a consenti une jolie ristourne

Un discount de 10 %

Le commerçant lui a consenti un joli discount

Interchanger

Le 5 décembre 2019

Néologismes & anglicismes

Il en va des préfixes comme de la coupe des pantalons, des couleurs ou des races de chiens ; certains, sans que l’on sache vraiment pourquoi, sont plus en vogue à certaines périodes. C’est le cas aujourd’hui pour inter-, qui semble être l’annonciateur de communion entre les individus et la panacée contre toute forme d’incommunicabilité. Mais parfois les formes ainsi créées ne diffèrent en rien – si ce n’est par un peu d’enflure – de celles qu’elles sont supposées remplacer et n’ajoutent rien à leur sens. C’est le cas du néologisme interchanger, apparu il y a peu et utilisé en lieu et place d’échanger. On se gardera bien d’employer ce verbe un peu pataud et l’on conservera le plus élégant échanger.

On dit

On ne dit pas

Ils ont échangé quelques phrases sur la situation

Ils ont interchangé quelques phrases sur la situation

Addict

Le 7 novembre 2019

Néologismes & anglicismes

Les nom et adjectif empruntés de l’anglais, addiction et addictif, qui appartiennent à la langue de la psychopathologie sont maintenant entrés dans l’usage. Il convient de ne pas ajouter à cette série l’adjectif addict, que l’on emploierait pour qualifier une personne dépendante à l’égard d’une drogue ou d’un produit nuisible : il est addict au cannabis, au tabac, ou, par exagération, une personne qui aimerait passionnément telle ou telle chose : le cinéma de Fellini, il en est complètement addict.

On dit

On ne dit pas

Il est dépendant de l’alcool

Il ne peut se passer de café

Il est addict à l’alcool

Il est addict au café

Je reviens vers vous

Le 7 novembre 2019

Néologismes & anglicismes

L’expression Je reviens vers vous, employée en lieu et place de « Je reprends contact avec vous », « Je reprends nos affaires, notre sujet, etc. … », est incorrecte.

Il s’agit d’un anglicisme, traduction hasardeuse de I’ll get back to you, devenu tic de langage, qu’il convient d’éviter. On pourra dire, outre les formes vues plus haut : Je me tourne à nouveau vers vous, revenons à nos affaires, etc.

On dit

On ne dit pas

Je reprends notre échange, votre dossier, votre question

Nous reprenons notre conversation

Je reviens vers vous


Nous revenons vers vous

Être confortable au sens de Se sentir à l’aise

Le 3 octobre 2019

Néologismes & anglicismes

Au sujet de l’adjectif confortable, Charles Nodier a écrit dans son Examen critique des dictionnaires : « Confortable est un anglicisme très intelligible et très nécessaire à notre langue, où il n’a pas d’équivalent ; ce mot exprime un état de commodité et de bien-être qui approche du plaisir, et auquel tous les hommes aspirent naturellement, sans que cette tendance puisse leur être imputée à mollesse et à relâchement de mœurs. » Rappelons que l’on ne doit pas utiliser cet adjectif, qui ne peut qualifier que des objets, pour parler de personnes, et qu’on ne peut donc pas lui donner le sens d’« à l’aise ».

On dit

On ne dit pas

On est vraiment bien, vraiment à l’aise sur ce canapé

Maîtrisez-vous bien cette notion, cette théorie ?

On est confortable sur ce canapé


Vous sentez-vous confortable avec cette notion, cette théorie ?

Être en pole (position)

Le 3 octobre 2019

Néologismes & anglicismes

Il existe deux noms pole en anglais. L’un est l’équivalent de notre français « perche », dont le sens premier est « long bâton », et il désigne, comme son homologue français, une ancienne mesure de longueur et une ancienne mesure agraire. Il entre aussi dans la désignation d’une épreuve d’athlétisme, pole vault, « saut à la perche ». La seconde forme pole correspond au français « pôle » ; ces deux noms ont la même étymologie et de nombreux sens communs. Mais l’anglais pole signifie aussi « tête » – sens que n’a pas le français pôle – dans la locution, tirée de la langue du sport automobile, pole position, c’est-à-dire place de tête qu’occupe, sur la ligne de départ, le concurrent ayant réalisé le meilleur temps aux essais. Plutôt que d’employer cet anglicisme, utilisons un équivalent français comme « position, place de tête » ou « tête de la course », qui dira exactement la même chose.

Idéologie main stream

Le 5 septembre 2019

Néologismes & anglicismes

On a beaucoup parlé, à la fin du siècle dernier, de pensée unique ou d’idéologie (ou pensée) dominante. On lit aussi parfois doxa, la transcription en alphabet latin du mot grec signifiant « opinion reçue ». Il arrive que dominant ou unique soient remplacés par des synonymes ou des périphrases comme majoritaire, qui prévaut, qui l’emporte. On parle aussi d’un courant de pensée qui est, éventuellement en vogue ou à la mode. Vogue et courant appartiennent au même champ sémantique que l’anglais stream, « courant ». Aussi est-il superflu de remplacer les termes que l’on vient de voir par l’expression anglaise main stream que l’on commence à rencontrer, par exemple, dans idéologie main stream, pour désigner une idéologie à succès.

Se défriender

Le 5 septembre 2019

Néologismes & anglicismes

Quand il reçut le professeur Wolff à l’Académie, Jean Rostand termina ainsi son discours : « Une langue, vous le savez de reste, ressemble beaucoup à une population d’êtres vivants. Il y apparaît, de temps à autre, des sortes de mutants, plus ou moins adaptés, plus ou moins malformés, voire monstrueux. Notre rôle est de les examiner avec soin, pour décider s’ils méritent que nous favorisions leur survie et leur prolifération en leur donnant asile dans notre Dictionnaire. Nous opérons, en somme, à l’égard des mots, une manière de sélection artificielle et épuratrice. Dans cette œuvre, qui n’est pas indigne d’un maître en tératologie, vous nous aiderez, Monsieur. » Qu’auraient pensé ces deux scientifiques du terme, récemment apparu et qui se répand aujourd’hui, se défriender, « cesser d’être l’ami de quelqu’un (sur un réseau social) » ? Probablement peu de bien. Nous ne pensons donc pas faire injure à leur mémoire en conseillant de le proscrire.

Alumni pour Anciens élèves

Le 4 juillet 2019

Néologismes & anglicismes

Les systèmes scolaire et universitaire américains sont différents des nôtres et les noms pour désigner les différents niveaux ne sont pas identiques et sont même parfois des faux amis. Le nom college n’est pas l’équivalent de notre collège, mais de notre université et high school n’est pas le nom donné aux grandes écoles, mais aux lycées. Les anciens élèves des universités américaines s’appellent entre eux alumni, le pluriel du nom latin alumnus, « nourrisson, enfant », mais aussi « disciple, élève » et « serviteur », un dérivé de alere, « nourrir, alimenter, sustenter », verbe à l’origine du nom aliment. Alumnus qui, en latin médiéval désignait soit un protégé entretenu par un seigneur, soit un maître ou un professeur, appartient au même champ sémantique que almus, « nourrissant, bienfaisant », puis, en latin chrétien, « vénérable, auguste, sacré », que l’on retrouve dans l’expression alma mater employée pour désigner l’université. Tout cela est bel et bon, et il est toujours agréable de voir revivre des mots latins, mais est-ce une raison suffisante pour vouloir substituer alumni à l’expression bien ancrée « anciens élèves » ?

Swag

Le 4 juillet 2019

Néologismes & anglicismes

Dans Le Songe d’une nuit d’été, Shakespeare fait dire à Puck (acte III, scène 2) : What hempen home-spuns have we swaggering here / So near the cradle of the fairy queen ? Ce que François-Marie Hugo traduit ainsi : « Quels sont ces rustiques personnages qui font ici les fanfarons, si près du lit de la reine des fées ? » Le verbe to swagger est toujours en usage et l’on pouvait lire il y a peu dans le New York Times ce titre : The Raptors (l’équipe de basket-ball de Toronto récent vainqueur du championnat d’Amérique du Nord) win, and Canada learns to swagger.

De ce verbe to swagger, « se pavaner, fanfaronner, plastronner » (« poitriner », aurait dit Stendhal), a été tirée la forme swag dont on a fait un nom ou un adjectif liés à une forme de recherche d’élégance tapageuse. Comme l’origine de swag semblait un temps s’être perdue, ce dernier a parfois été présenté comme l’acronyme de secretly we are gay. Mais on l’a vu plus haut, le français n’est pas trop mal pourvu pour rendre compte de cette forme moderne d’exubérance.

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