Dire, ne pas dire

Recherche

Achever, finir, terminer

Le 5 février 2026

Nuancier des mots

Achever, finir et terminer sont synonymes et il arrive que les dictionnaires glosent l’un par les autres. Ils n’ont pourtant pas tout à fait les mêmes emplois et il y a entre eux quelques nuances. Achever est un synonyme de « parfaire ». Littré le signalait dans son Dictionnaire « Achever c’est, mener à terme, mais avec idée que la chose menée à terme est parfaite et accomplie. » (Notons que c’est aussi ce que souligne le Dictionnaire de l’Académie française : on lisait déjà dans la 1re édition : « Parfaire, conduire une chose, un ouvrage à la fin, à la perfection » ; on lit aujourd’hui dans la neuvième : « Porter à son point extrême, à son comble. »). Achever, outre le sens de « tuer une personne déjà blessée » (un sens que, dans une langue très populaire, peut aussi avoir finir), signifie en effet « mener à son entier accomplissement » et comporte, on l’a vu, une idée de perfection. Ce verbe est dérivé de l’ancien français chief ou chef, « tête », puis « bout, extrémité », et donc un parent étymologique de chef-d’œuvre. L’ancien français employait d’ailleurs la locution traire à bon chief pour indiquer qu’un travail avait été mené à bien et jusqu’au bout. Cette idée de perfection encore rehaussée dans parachever, distingue assez nettement achever de nos deux autres verbes.

Finir n’implique en effet pas le même degré de perfection, même s’il n’en est pas très loin. Littré le notait déjà : « Finir [une chose], c’est non seulement la terminer, mais la mener jusqu’au bout ; seulement elle peut n’avoir pas reçu toute la perfection qu’elle comporterait. » Cela étant, les noms tirés de ce verbe, finition et le participe substantivé fini et n’ont rien à envier, sous ce rapport au nom achèvement. Quant à terminer [une chose], nous dit Littré, c’est simplement « y mettre un terme, qu’elle soit parfaite ou non, complète ou non, finie ou non » ; d’ailleurs son dérivé terminaison est un terme technique qui n’a aucune valeur méliorative. Pour mieux faire sentir les nuances existant entre ces trois verbes, Littré les employait avec le même sujet, le nom livre. Il écrivait « Si l’on dit Mon livre est terminé, on peut supposer que des circonstances m’ont empêché de lui donner tour le développement que j’avais conçu. Après Mon livre est fini on pourra ajouter mais il faut maintenant le corriger. Tandis qu’avec Mon livre est achevé, on attend quelque chose comme : Je n’ai plus qu’à le donner à l’imprimeur. »

Finir, peut-être à cause de sa position médiane, est plus courant que les deux autres verbes et il est des cas où l’on ne peut employer que lui, comme dans Finir son assiette, son verre ou Fini de rire. Quand il a le sens de « toucher à sa fin » il peut être employé à la forme active ou pronominale et l’on dira aussi bien Tout cela finira mal que tout cela se finira mal ou Tout cela se terminera mal. Enfin, si l’on peut dire : Il a fini par céder on ne dira ni Il a achevé par céder ni Il a terminé par céder.

Finir et terminer ont une étymologie qui est liée à une idée de limite. Finir est issu du latin finire, « limiter, achever, mettre fin à », lui-même dérivé de finis, « limite, fin, but », tandis que terminer est emprunté du latin terminare, « borner, limiter », puis « clore, finir, terminer », lui-même dérivé de terminus, « borne, limite ; extrémité ». Ils peuvent donc avoir un sens temporel que n’a pas achever. Un professeur pourra ainsi dire « rendez vos copies, l’examen est fini ou l’examen est terminé, mais non l’examen est achevé. »

Terminer peut parfois être remplacé par arrêter, comme dans Terminez vos querelles. La première édition de l’Académie française avait placé ce verbe à l’article terme et en donnait cette définition : « Mettre des bornes, donner […] des limites. Hercule termina ses conquestes au lieu qu’on appelle encore les colomnes d’Hercule. ce bois termine agreablement la veuë. ces montagnes terminent agreablement l’horison. » Cette idée de limite se retrouve, on l’a vu, dans l’étymologie de finir, qui peut d’ailleurs, lui aussi, avoir un sens spatial : Sa propriété finit à la lisière des bois. Il convient de noter qu’en passant de la voix active à la voix pronominale le verbe achever perd son sens de perfection pour prendre celui de limite et devenir ainsi de finir et terminer. On dira ainsi Les vacances vont s’achever. La fête s’acheva sous la pluie. En France, dit-on, tout finit par des chansons. Et dans une phrase comme L’investiture d’un président de la République, en France, s’achève par le tir de vingt et un coups de canon, il est difficile de dire si ces coups de canon en marquent l’apothéose ou la fin. Lorsque le verbe se termine par une voyelle, …

On trouve aussi des cas où les verbes ont le même sens mais où l’usage s’est imposé avec tel ou tel verbe. On dit ainsi finir ou vie, achever sa vie, mais finir ou achever ses jours, mais non terminer ses jours

Compote, confiture, conserve, gelée, marmelade

Le 5 février 2026

Nuancier des mots

Compote, confiture, conserve, gelée, marmelade, tous ces mots désignent des préparations culinaires qui permettent de conserver durant une longue période des aliments, le plus souvent des fruits, après les avoir cuits. Comme toujours quand il s’agit de distinguer des mots qui sont proches, Littré est d’un grand secours, même si les usages dans ce domaine ont quelque peu changé depuis l’époque où il écrivit son Dictionnaire. Il y considérait confiture comme l’hyperonyme de tous ces noms, ce qu’avait déjà signalé la 1re édition de notre Dictionnaire. Nous avons un témoignage de cet emploi dans Le Lys dans la vallée, quand Félix de Vandenesse écrit, au sujet des rillons : « Si j’en entendis parler avant d’être mis en pension, je n’avais jamais eu le bonheur de voir étendre pour moi cette brune confiture sur une tartine de pain ». Aujourd’hui ce rôle semble dévolu à conserve, que Littré définissait ainsi « confiture ordinairement sèche et qui peut se conserver » (La locution, que l’on trouvait le plus souvent au pluriel, confitures sèches, désignait naguère les fruits confits), tandis que la 1re édition de notre Dictionnaire parle d’une « Espece de confitures faites de fruits, d’herbes, ou de fleurs, ou de racines ». Aujourd’hui, la confiture c’est une préparation à base de fruits coupés

COMPOTE, CONFITURE, CONSERVE, GELÉE, MARMELADE.. Il s'entend de toute espèce de fruit confit dans du sucre. La conserve est une. La compote se dit des fruits cuits, soit entiers, soit en quartiers, de manière à conserver leur forme ; une compote de poires. La marmelade se dit des fruits qui s'écrasent en cuisant comme la pomme : une marmelade de pommes. La gelée est une confiture du jus des fruits, qui se prend en une masse transparente et tremblante : gelée de groseille, de pomme, de coing. La compote

Mais des fruits — des fruits — Nathanaël, que dirai-je ?

Il y en a que l’on confit dans de la glace / Sucrée avec un peu de liqueur dedans

Il y en a dont on ferait des confitures / Rien qu’à les laisser cuire au soleil.

(Je me souviens que, tout enfant, je rêvais des confitures sèches dont il est tant question dans les mille et une et une nuits. J’en ai mangé depuis, qui sont à l’essence de roses, et un ami m’a parlé de celles qu’on fait avec les letchis.)

Rassis et Ranci

Le 5 février 2026

Emplois fautifs

Les participes passés rassis et ranci sont proches par la forme et ne sont guère éloignés par les sens. Ils désignent l’un et l’autre un aliment dont la saveur ou la consistance se sont altérées avec le temps. Le premier se dit du pain et d’autres aliments de même nature qui ont perdu leur tendreté, qui sont desséchés sans toutefois être durs. Le second se dit d’un corps gras qui, laissé au contact de l’air, a pris une odeur et un goût forts et désagréables. Mais les emplois figurés de ces participes sont également voisins. Ranci signifie alors « qui est devenu rance, qui a perdu sa fraîcheur ; qui s’est aigri et est devenu désagréable, déplaisant ». Rassis se dit aussi parfois, péjorativement, de qui refuse l’innovation, fait preuve d’immobilisme, en particulier dans le domaine des mœurs ou de la culture. On dira ainsi de tel ou tel qu’il a l’esprit rassis.

Mais, contrairement à ranci, rassis est susceptible d’avoir aussi des sens positifs. Au propre, il peut qualifier de la viande que l’on a conservée au frais plusieurs jours après l’abattage de l’animal afin de l’attendrir. Rassis, rappelons-le, est le participe passé du verbe rasseoir et ce verbe, de manière figurée et dans une langue littéraire, signifie « calmer, ramener à la tranquillité, rassurer » ; en ce sens un esprit rassis, signifie donc « un esprit devenu plus calme, pondéré ». On peut aussi parler de projets rassis, c’est-à-dire de projets mûris par la réflexion. Quant à la locution de sens rassis, elle signifie « sans être ému, sans être troublé. »

Vous pouvez compter sur une tempête

Le 5 février 2026

Emplois fautifs

La locution verbale compter sur signifie « avoir confiance en, se fier à », mais aussi « attendre avec confiance ». Elle annonce une chose, un fait dont on espère la venue et dont on se réjouira. Pour cette raison, sauf si l’on parle par antiphrase, cette chose, ce fait sur lesquels on peut compter nous seront toujours agréables. Il faut donc éviter d’employer la locution compter sur avec un événement, un fait à caractère négatif. Et de même que l’on ne dit pas votre équipe a des chances de perdre, on évitera des tours comme vous pouvez compter sur une défaite de votre équipe. On pourra donc dire vous pouvez compter sur de la pluie ce soir à un jardinier qui voit ses plantations se dessécher, mais non aux participants d’une fête en plein air.

« Il est levé du secret professionnel » ou « Il est relevé du secret professionnel » ?

Le 5 février 2026

Emplois fautifs

Le verbe lever a, entre autres sens, celui de « faire cesser, mettre fin à ; supprimer, annuler », que l’on rencontre dans des expressions comme Lever une interdiction, une sanction ; lever une excommunication. C’est aussi, mutatis mutandis, le sens qu’a le nom levée, qui en est tiré et l’on dira par exemple, la levée d’une punition. On veillera à ne pas confondre le verbe lever avec un de ses dérivés, relever, qui peut avoir le sens de « libérer d’un engagement, d’un contrat, d’une obligation juridique ». On dira donc Relever quelqu’un de son serment, relever un plaignant d’une interdiction, ou encore ce moine demande à être relevé de ses vœux, en se rappelant que, dans tous ces exemples, on ne peut remplacer relever par lever et que, donc, on ne dira pas il a été levé du secret professionnel mais il a été relevé du secret professionnel ou la levée du secret professionnel.

Boxing day

Le 5 février 2026

Anglicismes, Néologismes & Mots voyageurs

En anglais « boxe » se dit boxing mais, même si aujourd’hui la locution boxing day s’emploie aussi dans le au monde du sport, ce jour n’a rien à voir avec la boxe. Dans boxing day, boxing est en effet un dérivé de box, « boîte », pris au sens de « cadeau ». Cette locution désigne ordinairement le jour qui suit Noël. À l’origine, la tradition voulait en effet qu’à cette date on fasse des cadeaux aux plus démunis. De nos jours le sens de boxing day s’est un peu étendu et il désigne essentiellement les quelques jours qui suivent Noël durant lesquels les échoppes sont pleines de clients désireux de faire des affaires en achetant, à bas prix, des produits n’ayant pas trouvé preneurs. Nos amis québécois, que nous pourrions imiter, appellent ce jour Jour des boîtes, Après-Noël ou le Lendemain de Noël. L’expression boxing day s’est répandue en France par le monde du sport pour désigner les matchs de divers championnats qui ont lieu, en Angleterre et dans de nombreux autre pays anglophones, le 26 décembre ou, plus largement, entre Noël et jour de l’an, une période durant laquelle la plupart des compétitions sont suspendues en France.

Des rois

Le 5 février 2026

Expressions, Bonheurs & surprises

Primus inter pares, dernier des crétins, roi des crétins,

La galette des Rois est fameuse, mais on parlait aussi jadis de la chandelle des Rois. La cinquième édition de notre Dictionnaire nous apprend que cette locution désignait jadis une grosse chandelle cannelée, dont les marchands chandeliers faisaient présent à leurs pratiques le jour des Rois. Ce nom roi s’écrivait parfois naguère, sans doute pour lui conférer encore plus de majesté, roy mais, même s’il existait quelques exceptions, on réservait cette forme au singulier et l’on trouvait ordinairement un roy, des rois. Ce nom est issu, par l’intermédiaire du latin rex, d’une forme indo-européenne, qui est aussi à l’origine du gothique reiks, d’où sont issus, entre autres, le néerlandais rijks, « royaume », les nom Alaric et Richard, et le français riche. Le celtique rîx, « roi », que l’on retrouve dans les noms Vercingétorix, Dumnorix ou Astérix, est « la rançon du miracle grec », dit Dumézil, sanscr., le sanscrit rajan, à l’origine de l’hindi Maha radjah

nom masculin

Étymologie : xviiie siècle, marrajah. Emprunté de l’hindi maharadja, proprement « grand roi ».

prov. roi, rey, re ; esp. rey ; ital. re ; du lat. règem ; comparez le gothique reiks, le kymrique rîx, l'irl. rig, et le. Reich, right Vercingétorix le latin, on le voit, a de nombreux collatéraux, mais il eut aussi nombre de descendants, venant de la racine reg, à l’origine de rex, mais aussi de regere, dont le sens premier fut « diriger en droite ligne » puis « avoir le commandement » d’où ériger et surgir, diriger et corriger, régime et régiment, régie et région, recteur et directeur, règle et régulier, mais aussi rail et des rillettes, sans oublier les rillons chers à Balzac. Rigole et barioler, égale, réale, reis, réal, real,

La galette

Le 5 février 2026

Expressions, Bonheurs & surprises

Le nom galette est dérivé, parce qu’on lui trouvait quelque ressemblance avec celui-ci, de galet. Ce dernier est un diminutif de l’ancien français gal, « caillou », probablement issu du gaulois gallos, « pierre, rocher ». Mais, comme on la mange parfois au cours de fêtes, on a parfois rapproché, à tort, son nom de galant, mot dérivé de l’ancien français galer, « se réjouir », d’où est tiré galerie, au sens ancien de « réjouissance », tout comme son déverbal gale, que l’espagnol nous l’a emprunté pour en faire gala, « vêtement d’apparat », que nous avons repris pour désigner une fête d’un caractère officiel, empreinte de faste. Galant, comme grand, petit, etc., n’a pas le même sens selon qu’il est antéposé ou postposé. A ce sujet, Littré écrit : « : le galant homme est celui qui a de la probité et de l’honneur (en anglais a gallant officer désigne un officier brave, courageux) ; l’homme galant est celui qui se rend aimable auprès des dames. » La distribution des patronymes étant parfois bien faite, c’est à ce mot, galant, mais avec quelques variantes orthographiques, que le premier traducteur français des Contes des mille et une nuits, Antoine Galland, doit son nom. Cela étant, qui chercherait aujourd’hui galer avec le sens de « se réjouir » serait bien déçu. On trouvait certes ce verbe dans les six premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française, mais c’était avec cette définition : « Gratter. Ne se dit que des personnes qui ont la gale, & se met plus ordinairement avec le pronom personel. Il ne fait que se galer. » Mais revenons à notre galette ou plutôt à nos galettes. Ce mot désigne en effet deux réalités assez dissemblables : aujourd’hui, le plus ordinairement, une crêpe de blé noir, parfois agrémentée d’un œuf, de jambon, de fromage, etc., mais aussi, et c’est le sens le plus ancien de ce nom, un gâteau rond et plat, fait principalement de farine et de beurre, en particulier celui qui est confectionné à l’occasion de l’Épiphanie, et qui contient une fève pour que les convives puissent tirer les Rois. Signalons toutefois que la locution galette des rois est assez récente. Elle n’arrive que dans la 8e édition de notre Dictionnaire et elle est encore en concurrence avec gâteau des Rois dans la 9e édition.

On lisait dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française : « On appelle, Le jour de l’Epiphanie, Le jour des Rois. Et la resjouissance qui se fait en chaque maison au souper de ce jour-là ou de la veille, s’appelle Faire les Rois. Et parce qu’entre ceux qui soupent alors ensemble, on partage un gasteau où il y a une febve, on appelle ce gasteau, Le gasteau des Rois, &, Roy de la febve, ou simplement Roy, Celuy à qui eschet la part où est la febve. [ …]. La locution galette des Rois n’arrive que dans la 8e édition, et elle est encore en concurrence avec gâteau des Rois dans la 9e édition.

Comme le nom blé avec lequel elle est fabriquée, la galette a pris le sens d’« argent ». Dans L’Argot des voleurs, Dictionnaire argot-français Vidocq nous apprend que mangeur de galette désigne un homme vénal qui reçoit de l'argent pour trahir ses devoirs. (On a une image semblable avec l’expression voisine en croquer, « Profiter de quelque chose, parfois dans des circonstances inavouables ». Notons que l’on trouve en allemand un mot qui a connu une évolution sémantique assez proche de celle de notre galette, partie d’un galet pour arriver au sens d’argent. Galets s’y dit Kiesen, mais ce mot peut aussi désigner le gravier, la caillasse et s’employer comme un équivalent de notre pognon ou de notre galette.

Par métonymie la galette a aussi désigné, indistinctement, les personnes très fortunées. Ces différents sens du nom galette expliquent que d’illustres verbicrucistes proposèrent naguère ces définitions à leurs sagaces lecteurs, « galette des rois » et « moulin de la galette » ; les réponses attendues étant cassette pour la première et Rolls-Royce pour la seconde ».