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Féminisation des noms de métiers, fonctions, grades et titres « En français, la marque du féminin ne sert quaccessoirement à rendre la distinction entre mâle et femelle. La distribution des substantifs en deux genres institue, dans la totalité du lexique, un principe de classification, permettant éventuellement de distinguer des homonymes, de souligner des orthographes différentes, de classer des suffixes, dindiquer des grandeurs relatives, des rapports de dérivation, et favorisant, par le jeu de laccord des adjectifs, la variété des constructions nominales... Tous ces emplois du genre grammatical constituent un réseau complexe où la désignation contrastée des sexes ne joue quun rôle mineur. Des changements, faits de propos délibéré dans un secteur, peuvent avoir sur les autres des répercussions insoupçonnées. » Cette analyse scientifique irréfutable était donc assortie, voici dix-huit ans, dun avertissement dont il na été tenu aucun compte. Un catalogue de métiers, titres et fonctions systématiquement et arbitrairement « féminisés » a été publié par la Documentation française, avec une préface du Premier ministre. La presse, la télévision ont suivi avec empressement ce qui pouvait passer pour une directive régalienne et légale. Or, peu auparavant, la Commission générale de terminologie et de néologie, officiellement saisie par le Premier ministre, avait remis à celui-ci un rapport dans lequel elle déconseillait formellement la féminisation des noms de titres, grades et fonctions, par distinction avec les noms de métiers, dont le féminin découle de lusage même. De ce rapport, le gouvernement na pas non plus tenu compte, alors quaucun texte ne lui donne le pouvoir de modifier de sa seule autorité le vocabulaire et la grammaire du français. Sans revenir sur les arguments quelle exposait en 1984 et auxquels elle reste attachée, lAcadémie française déplore les dommages que lignorance de cette doctrine inflige à la langue française et lillusion selon laquelle une grammaire « féminisée » renforcerait la place réelle des femmes dans la société. 1. Valeur collective et générique du genre masculinIl est inutile, pour désigner un groupe de personnes composé dhommes et de femmes, de répéter le même substantif ou le même pronom au féminin puis au masculin. « Les électrices et les électeurs », « les informaticiennes et les informaticiens », « toutes celles et tous ceux » sont des tours qui ne disent rien de plus que « les électeurs », « les informaticiens », « tous ceux ». On évitera également dindiquer entre parenthèses ou après une barre oblique la marque du féminin : « les adhérent(e)s », « les animateurs/trices », etc. De même au singulier, lorsque le masculin revêt un sens générique, de telles surcharges (« recrutement dun/une technicien(ne) diplômé(e) », etc.) napportent aucune information supplémentaire et gênent considérablement la lecture. Au surplus, elles sopposent à la règle, très générale en français, de laccord du pluriel au masculin. Il est impossible décrire : « Le fauteuil et la table sont blanc(he)s. » Ces redondances et ces alourdissements révèlent sans doute que, dans lesprit de certains, le masculin est devenu un genre marqué au même titre que le féminin, et ne peut plus désigner que des personnes de sexe masculin. Cest ainsi que la féminisation peut introduire un déséquilibre dans les structures mêmes de la langue et rendre malaisée la formulation des phrases les plus simples. 2. NéologismesLapplication ou la libre interprétation de « règles » de féminisation édictées, de façon souvent arbitraire, par certains organismes français ou francophones, a favorisé lapparition de nombreux barbarismes. Il convient tout dabord de rappeler que les seuls féminins français en -eure (prieure, supérieure...) sont ceux qui proviennent de comparatifs latins en -or. Aussi faut-il éviter absolument des néologismes tels que professeure, ingénieure, auteure, docteure, proviseure, procureure, rapporteure, réviseure, etc. Certaines formes, parfois rencontrées, sont dautant plus absurdes que les féminins réguliers correspondants sont parfaitement attestés. Ainsi chercheure à la place de chercheuse, instituteure à la place dinstitutrice. On se gardera de même duser de néologismes comme agente, cheffe, maîtresse de conférences, écrivaine, autrice... Loreille autant que lintelligence grammaticale devraient prévenir contre de telles aberrations lexicales. Enfin, seul le genre masculin, qui est le genre non marqué (il a en effet la capacité de représenter les éléments relevant de lun et de lautre genre), peut traduire la nature indifférenciée des titres, grades, dignités et fonctions. Les termes chevalière, officière (de tel ordre), députée, sénatrice, etc., ne doivent pas être employés.
Comme lAcadémie française le soulignait déjà en 1984, linstauration progressive dune réelle égalité entre les hommes et les femmes dans la vie politique et économique rend indispensable la préservation de dénominations collectives et neutres, donc le maintien du genre non marqué chaque fois que lusage le permet. Le choix systématique et irréfléchi de formes féminisées établit au contraire, à lintérieur même de la langue, une ségrégation qui va à lencontre du but recherché. |