Dire, ne pas dire

Omineux

Le 3 janvier 2013

Bonheurs & surprises

Le monde romain était particulièrement sensible aux présages. Le français a donc naturellement hérité d’un grand nombre de mots se rattachant à ce thème : présage, tiré du latin saga, « sorcière », qui a aussi donné « sagacité » ; monstre, tiré de monere, « avertir », auquel on rattache admonester, moniteur ou prémonition ; ou encore augure ou prodige.

Nous avons aussi emprunté du latin une forme plus rare et plus littéraire, l’adjectif omineux, « lourd de présages funestes, de mauvais augure ». On trouve chez Diderot l’expression Figure omineuse pour décrire des personnes jetées en prison. Un récit de voyage en Italie de Louis-Eustache Audot permet de bien comprendre le sens de cette expression. Pendant une étape à Naples, en 1835, il écrit ceci :

« Regardez, me dit-il, toutes les femmes vont faire des signes avec leurs doigts qu’elles disposent en cornes pour conjurer la jettatura ou malocchio. C’est un sort que le malin vous jette et que le Napolitain prétend éloigner par divers signes ; au fait, on ne niera pas qu’il y ait une infinité de personnes dont la figure omineuse semble porter malheur. On les nomme jettatori. »