Dire, ne pas dire

Néologismes et anglicismes en 1855

Le 07 décembre 2017

Néologismes & anglicismes

De nombreuses personnes sont inquiètes et agacées par la prolifération des anglicismes dans notre langue. Cette prolifération n’est pas récente. En témoigne cet extrait de l’Épître à Boileau sur les mots nouveaux, un texte que l’académicien Jean-Pons-Guillaume Viennet lut en séance publique de l’Institut en 1855, et dans lequel il s’efforce de défendre notre langue tout en se louant de la concorde qui grandit entre la France et l’Angleterre.

« On n’entend que des mots à déchirer le fer,

Le railway, le tunnel, le ballast, le tender,

Express, trucks, wagons ; une bouche française

Semble broyer du verre ou mâcher de la braise. […]

Certes de nos voisins l’alliance m’enchante,

Mais leur langue, à vrai dire, est trop envahissante

Faut-il pour cimenter un merveilleux accord

Changer l’arène en turf et le plaisir en sport,

Demander à des clubs l’aimable causerie,

Flétrir du nom de grooms nos valets d’écurie

Traiter nos cavaliers de gentlemen-riders ;

Et de Racine un jour parodiant les vers,

Montrer, au lieu de Phèdre, une lionne inglèse,

Qui, dans un handicap ou dans un steeple-chase,

Suit de l’œil un wagon de sportsmen escorté,

Et fuyant sur le turf par le truck emporté ? »