|
RAPPORT
DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE LA LANGUE FRANÇAISE
publié
dans les documents administratifs
du Journal officiel du 6 décembre
1990
IV.
- RECOMMANDATIONS AUX LEXICOGRAPHES ET CRÉATEURS DE NÉOLOGISMES
Les recommandations qui suivent ont pour but dorienter
lactivité des lexicographes et créateurs de néologismes
de façon à améliorer lharmonie et la cohérence
de leurs travaux. Elles ne sont pas destinées dans un premier
temps à lutilisateur, particulier ou professionnel, ni à
lenseignement.
1. Trait dunion
: le trait dunion pourra être utilisé notamment lorsque
le nom composé est employé métaphoriquement : barbe-de-capucin,
langue-de-buf (en botanique), bonnet-dévêque
(en cuisine et en architecture) ; mais on écrira taille de guêpe
(il ny a métaphore que sur le second terme), langue de terre
(il ny a métaphore que sur le premier terme), langue de buf
(en cuisine, sans métaphore). (Voir Analyse I.)
2. Mots composés
: quant à lagglutination, on poursuivra laction de lAcadémie
française, en recourant à la soudure dans les cas où
le mot est bien ancré dans lusage et senti comme une seule unité
lexicale. Cependant, on évitera les soudures mettant en présence
deux lettres qui risqueraient de susciter des prononciations défectueuses
ou des difficultés de lecture (*). (Voir Analyse 1.)
* Il y a risque de prononciation défectueuse quand
deux lettres successives peuvent être lues comme une seule unité
graphique, comme les lettres o et i, a et i,
o et u, a et u. Exemples : génito-urinaire,
extra-utérin. Pour résoudre la difficulté, la
terminologie scientifique préfère parfois le tréma
au trait dunion (radioïsotope, sur le modèle de coïncidence).
Toutefois lAcadémie a estimé quon pouvait conserver le
trait dunion en cas de contact entre deux voyelles (contre-attaque,
ou contrattaque avec élision comme dans contrordre).
De même elle a jugé utile le recours éventuel au trait
dunion dans les mots formés de plus de deux composants, fréquents
dans le vocabulaire scientifique. Par ailleurs, on rappelle que le s
placé entre deux voyelles du fait de la composition se prononce
sourd : pilosébacé, sacrosaint.
Lextension de la soudure pourra concerner les cas suivants
:
a) Des noms composés sur la base dun élément
verbal suivi dune forme nominale ou de tout (voir plus haut, liste
A, les exemples dès maintenant proposés à lusage
général).
b) Des mots composés dune particule invariable
suivie dun nom, dun adjectif ou dun verbe ; la tendance existante
à la soudure sera généralisée avec la particules
contre, entre quand elles sont utilisés comme préfixes,
sur le modèle de en, sur, supra, et de la plupart
des autres particules, qui sont déjà presque toujours soudées.
Lusage de lapostrophe sera également supprimé par la soudure.
Exemples : contrechant (comme contrechamp),
à contrecourant (comme à contresens), contrecourbe
(comme contrechâssis), contrefeu (comme contrefaçon),
contrespionnage (comme contrescarpe), contrappel
(comme contrordre), entraide (comme entracte), entreligne
(comme entrecôte), sentrenuire (comme sentrechoquer),
sentredévorer (comme sentremanger), etc.
c) Des mots composés au moyen des préfixes
latins : extra, intra, ultra, infra.
Exemples : extraconjugal (comme extraordinaire)
; ultrafiltration, infrasonore, etc.
d) Des noms composés déléments
nominaux et adjectivaux devenus peu analysables aujourdhui. Voir plus
haut, liste B, les exemples dès maintenant proposés à
lusage général.
e) Des mots composés à partir donomatopées
ou similaires sur le modèle de la liste C (voir plus haut).
f) Des noms composés dorigine latine ou étrangère,
bien implantés dans lusage, employés sans valeur de citation.
Voir plus haut, liste F, les exemples dès maintenant proposés
à lusage général.
g) Les nombreux composés sur éléments
« savants » (en particulier en o). On écrira
donc par exemple : aéroclub, agroalimentaire, ampèreheure,
audiovisuel, autovaccin, cardiovasculaire, cinéclub, macroéconomie,
minichaîne, monoatomique, néogothique, pneumohémorragie,
psychomoteur, radioactif, rhinopharyngite, téléimprimeur,
vidéocassette, etc.
Remarque : le trait dunion est justifié quand
la composition est libre, et sert précisément à marquer
une relation de coordination entre deux termes (noms propres ou géographiques)
: les relations italo-françaises (ou franco-italiennes),
les contentieux anglo-danois, les mythes gréco-romains,
la culture finno-ougrienne, etc.
3. Accentuation des mots
empruntés : on mettra un accent sur des mots empruntés
au latin ou à dautres langues intégrés au français
(exemples : artéfact, braséro), sauf sils
gardent un caractère de citation (exemple : un requiem).
Voir plus haut, liste G, les exemples dès maintenant proposés
à lusage général. Certains de ces mots sont déjà
accentués dans des dictionnaires. (Voir Analyse 3.2 et 6 ; Règle
3 ; Graphies 6, 7.)
4. Accentuation des mots
empruntés et des néologismes : on nutilisera
plus laccent circonflexe dans la transcription demprunts, ni dans la
création de mots nouveaux (sauf dans les composés issus
de mots qui conservent laccent). On peut par exemple imaginer un repose-flute,
mais un allume-dôme, un protège-âme (Voir
Analyses 3.3 et 6 ; Règle 4.)
5. Singulier et pluriel
des noms empruntés : on fixera le singulier et le
pluriel des mots empruntés conformément à la règle
7 ci-dessus. (Voir Analyse 6 ; Règle 7 ; Graphies 8, 9.)
6. Anomalies
: on mettra fin aux hésitations concernant la terminaison -otter
ou -oter, en écrivant en -otter les verbes formés
sur une base en -otte (comme botter sur botte) et
en -oter les verbes formés sur une base en -ot (comme
garroter sur garrot, greloter sur grelot)
ou ceux qui comportent le suffixe verbal -oter (exemples
: baisoter, frisoter, cachoter, dansoter, mangeoter, comme clignoter,
crachoter, toussoter, etc.). Dans les cas où lhésitation
est possible, on ne modifiera pas la graphie (exemples : calotter
sur calotte ou sur calot, flotter sur flotte
ou sur flot, etc.), mais, en cas de diversité dans lusage,
on fixera la graphie sous la forme -oter. (Voir Analyse 7, Graphie
10, 11, 12, 13.)
Les dérivés suivront le verbe (exemples
: cachotier, grelotement, frisotis, etc.).
7. Emprunts :
on francisera dans toute la mesure du possible les mots empruntés
en les adaptant à lalphabet et à la graphie du français.
Cela conduit à éviter les signes étrangers (diacritiques
ou non) nappartenant pas à notre alphabet (par exemple, å),
qui subsisteront dans les noms propres seulement. Dautre part, des combinaisons
inutiles en français seront supprimées : volapük
deviendra volapuk, muesli deviendra musli (déjà
usité), nirvâna sécrira nirvana, le
ö pourra, selon la prononciation en français, être
remplacé par o (maelström deviendra maelstrom,
déjà usité) ou oe (angström deviendra
angstroem, déjà usité, röstis
deviendra roestis, déjà usité). Bien que les
emplois de gl italien et ñ, ll espagnols soient
déjà familiers, on acceptera des graphies comme taliatelle
(tagliatelle) paélia (paella), lianos (llanos), canyon
qui évitent une lecture défectueuse. (Voir Analyse 6 ; Graphies
8, 9.)
8. Emprunts
: dans les cas où existent plusieurs graphies dun mot emprunté,
on choisira celle qui est la plus proche du français (exemple
: des litchis, un enfant ouzbek, un bogie, un canyon,
du musli, du kvas, cascher, etc.). (Voir Analyse
6 ; Graphies 8, 9.)
9. Emprunts
: le suffixe nominal -er des anglicismes se prononce tantôt
comme dans mer (exemples : docker, révolver, starter)
et plus souvent comme dans notre suffixe -eur (exemple :
leader, speaker) ; parfois deux prononciations coexistent (exemples
: cutter, pull-over, scooter). Lorsque la prononciation du -er
(final) est celle de -eur, on préférera ce suffixe
(exemple : debatter devient débatteur). La
finale en -eur sera de règle lorsquil existe un verbe de
même forme à côté du nom (exemples :
squatteur, verbe squatter ; kidnappeur, verbe kidnapper,
etc.). (Voir Analyse 6 ; Graphies 8, 9.)
10. Néologie
: dans lécriture de mots nouveaux dérivés de noms
en -an, le n simple sera préféré dans
tous les cas ; dans lécriture de mots nouveaux dérivés
de noms en -on, le n simple sera préféré
avec les terminaisons suffixales commençant par i, o et
a. On écrira donc par exemple : -onite, -onologie, -onaire,
-onalisme, etc. (Voir Analyse 7.)
Remarque générale. Il est recommandé
aux lexicographes, au-delà des rectifications présentées
dans ce rapport et sur leur modèle, de privilégier, en cas
de concurrence entre plusieurs formes dans lusage, la forme la plus simple
: forme sans circonflexe, forme agglutinée, forme en n simple,
graphie francisée, pluriel régulier, etc.
TABLEAU SYNOPTIQUE DES CORRESPONDANCES
entre analyses, règles, graphies et recommandations
|
Analyses
|
Règles
|
Graphies
|
Recommandations
|
|
1
|
1
|
1, 2, 3
|
1, 2
|
|
2
|
2
|
|
|
|
3.1
3.2
3.3
|
3
4
|
4,5
6, 7
|
3
4
|
|
4
|
5
|
|
|
|
5
|
6
|
|
|
|
6
|
7
|
8, 9
|
4, 5, 7, 8, 9
|
|
7
|
|
10, 11, 12, 13
|
6, 10
|

|