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RAPPORT
DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE LA LANGUE FRANÇAISE
La langue française, dans ses formes orales et dans sa forme écrite, est et doit rester le bien commun de millions dêtres humains en France et dans le monde. Cest dans lintérêt des générations futures de toute la francophonie quil est nécessaire de continuer à apporter à lorthographe des rectifications cohérentes et mesurées qui rendent son usage plus sûr, comme il a toujours été fait depuis le XVIIe siècle et comme il est fait dans la plupart des pays voisins.
Toute réforme du système de lorthographe française est exclue : nul ne saurait affirmer sans naïveté quon puisse aujourdhui rendre « simple » la graphie de notre langue, pas plus que la langue elle-même. Le voudrait-on, beaucoup dirrégularités qui sont la marque de lhistoire ne pourraient être supprimées sans mutiler notre expression écrite.
Les présentes propositions sappliqueront en priorité dans trois domaines : la création de mots nouveaux, en particulier dans les sciences et les techniques, la confection des dictionnaires, lenseignement. Autant que les nouveaux besoins de notre époque, le respect et lamour de la langue exigent que sa créativité, cest-à-dire son aptitude à la néologie, soit entretenue et facilitée : il faut pour cela que la graphie des mots soit orientée vers plus de cohérence par des règles simples. Chacun sait la confiance quaccordent à leurs dictionnaires non seulement écrivains, journalistes, enseignants, correcteurs dimprimerie et autres professionnels de lécriture, mais plus généralement tous ceux, adultes ou enfants, qui écrivent la langue française. Les lexicographes, conscients de cette responsabilité, jouent depuis quatre siècles un rôle déterminant dans lévolution de lorthographe : chaque nouvelle édition des dictionnaires faisant autorité enregistre de multiples modifications des graphies, qui orientent lusage autant quelles le suivent. Sur de nombreux points, les présentes propositions entérinent les formes déjà données par des dictionnaires courants. Elles sinscrivent dans cette tradition de réfection progressive permanente. Elles tiennent compte de lévolution naturelle de lusage en cherchant à lui donner une orientation raisonnée et elles veillent à ce que celle-ci soit harmonieuse. Lapprentissage de lorthographe du français continuera à demander beaucoup defforts, même si son enseignement doit être rendu plus efficace. Lapplication des règles par les enfants (comme par les adultes) sera cependant facilitée puisquelles gagnent en cohérence et souffrent moins dexceptions. Lorthographe bénéficiera dun regain dintérêt qui devrait conduire à ce quelle soit mieux respectée, et davantage appliquée. À lheure où létude du latin et du grec ne touche plus quune minorité délèves, il paraît nécessaire de rappeler lapport de ces langues à une connaissance approfondie de la langue française, de son histoire et de son orthographe et par conséquent leur utilité pour la formation des enseignants de français. En effet, le système graphique du français est essentiellement fondé sur lhistoire de la langue, et les présentes rectifications nentament en rien ce caractère. Au-delà même du domaine de lenseignement, une politique de la langue, pour être efficace, doit rechercher la plus large participation des acteurs de la vie sociale, économique, culturelle, administrative. Comme la déclaré le Premier ministre, il nest pas question de légiférer en cette matière. Les édits linguistiques sont impuissants sils ne sont pas soutenus par une ferme volonté des institutions compétentes et sils ne trouvent pas dans le public un vaste écho favorable. Cest pourquoi ces propositions sont destinées à être enseignées aux enfants les graphies rectifiées devenant la règle, les anciennes demeurant naturellement tolérées ; elles sont recommandées aux adultes, et en particulier à tous ceux qui pratiquent avec autorité, avec éclat, la langue écrite, la consignent, la codifient et la commentent. On sait bien quil est difficile à un adulte de modifier sa façon décrire. Dans les réserves quil peut avoir à adopter un tel changement, ou même à laccepter dans lusage des générations montantes, intervient un attachement esthétique, voire sentimental, à limage familière de certains mots. Lélaboration des présentes propositions a constamment pris en considération, en même temps que les arguments proprement linguistiques, cet investissement affectif. On ne peut douter pourtant que le même attachement pourra plus tard être porté aux nouvelles graphies proposées ici, et que linvention poétique ny perdra aucun de ses droits, comme on la vu à loccasion des innombrables modifications intervenues dans lhistoire du français. Le bon usage a été le guide permanent de la réflexion. Sur bien des points il est hésitant et incohérent, y compris chez les plus cultivés. Et les discordances sont nombreuses entre les dictionnaires courants, ne permettant pas à lusager de lever ses hésitations. Cest sur ces points que le Premier ministre a saisi en premier lieu le Conseil supérieur, afin daffermir et de clarifier les règles et les pratiques orthographique. Dans lélaboration de ces propositions, le souci constant a été quelles soient cohérentes entre elles et quelles puissent être formulées de façon claire et concise. Enfin, les modifications préconisées ici respectent lapparence des textes (dautant quelles ne concernent pas les noms propres) : un roman contemporain ou du siècle dernier doit être lisible sans aucune difficulté. Des évaluations informatiques lont confirmé de manière absolue. Ces propositions, à la fois mesurées et argumentées, ont été acceptées par les instances qui ont autorité en la matière. Elles sinscrivent dans la continuité du travail lexicographique effectué au cours des siècles depuis la formation du français moderne. Responsable de ce travail, lAcadémie française a corrigé la graphie du lexique en 1694, 1718, 1740, 1762, 1798, 1835, 1878 et 1932-35. En 1975 elle a proposé une série de nouvelles rectifications, qui ne sont malheureusement pas passées dans lusage, faute dêtre enseignées et recommandées. Cest dans le droit-fil de ce travail que le Conseil a préparé ses propositions en sachant que dans lhistoire, des délais ont toujours été nécessaires pour que ladoption daméliorations de ce type soit générale. En entrant dans lusage, comme les rectifications passées et peut-être plus rapidement, elles contribueront au renforcement, à lillustration et au rayonnement de la langue française à travers le monde.
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