|
||||||||
|
Réponse du Premier ministre
Je vous remercie pour ce rapport limpide, qui correspond exactement à la demande que javais faite au Conseil. Comme il était entendu, il exclut toute idée de réforme de notre orthographe, mais il présente des propositions de rectifications précises, limitées, et respectueuses de lhistoire et de la nature de notre langue, dans son passé comme dans son devenir. Je tiens à féliciter lensemble des membres du Conseil, ainsi dailleurs que les éminents spécialistes du groupe dexperts qui ont travaillé en relation étroite avec le Conseil. Huit mois à peine après que je vous ai saisis, vous présentez, au sujet des cinq points de notre orthographe sur lesquels jai sollicité votre avis, des propositions qui vont permettre à notre langue daccroître sa cohérence et son efficacité, et de renforcer ainsi à la fois son usage et ses usagers, cest-à-dire tous les Français et tous les francophones. Sur le trait dunion, sur les accents et trémas, sur le pluriel des mots composés et des mots empruntés, sur lharmonisation des familles de mots présentant aujourdhui des contradictions, vous avez réussi à mettre au point des solutions simples, modérées et acceptables par tous. Cest en 1893 que le Recteur Gréard faisait voter par une commission de lAcadémie française, dont il était membre, une proposition damélioration de lorthographe portant notamment sur les points que vous avez traités. Mais, pas plus que celles qui lui succédèrent, cette tentative ne put aboutir. Un siècle après, nous y voilà enfin Il nest que temps, si nous tenons à la vitalité de notre langue. Car les incohérences et les incertitudes que vous proposez de rectifier ne sont pas seulement cause dinnombrables fautes dans lusage ordinaire de la quasi-totalité des Français ; elles sont aussi à lorigine de divergences portant sur des milliers de mots entre les dictionnaires courants, si bien quun enfant pourrait se voir compter une faute pour la simple raison que ses parents ne possèdent pas le même dictionnaire que son instituteur ; et elles posent, enfin, des problèmes jusquici sans solution pour la création des mots nouveaux et il sen crée des milliers chaque année dans les sciences et les techniques. Pour se porter bien, une langue doit être réglée sur des principes ; en clarifiant et renforçant les principes de notre orthographe, nous contribuons à assurer lavenir de notre langue. Vos propositions, Mesdames et Messieurs, me conviennent. Mais mon jugement personnel nimporte pas plus que celui de tout autre usager. Ce qui est décisif, en revanche, cest que vous avez travaillé en étroite relation avec lAcadémie française et avec les deux organismes parallèles à votre Conseil existant dans la francophonie : le Conseil de la langue française du Québec et le Conseil de la langue de la Communauté française de Belgique. Vos propositions ont reçu laccord de lun et de lautre et lavis favorable de lAcadémie française à lunanimité. Lautorité de ces institutions se rajoutant à la vôtre propre, lunanimité qui sest établie me convainc de lexcellence de vos propositions. Jaccepte donc officiellement ces propositions de rectification de lorthographe du français, et charge votre groupe de travail de leur mise au point définitive, pour la fin de lannée, après examen des réactions qui se feront jour dici là. Il na jamais été question pour le Gouvernement de légiférer en cette matière : la langue appartient à ses usagers, qui ne se font pas faute de prendre chaque jour des libertés avec les normes établies. Mais il appartient au Gouvernement de faire ce qui relève de son pouvoir pour favoriser lusage qui paraît le plus satisfaisant en loccurrence celui que vous proposez. Je demande donc à Monsieur le ministre de léducation nationale de prendre toutes les dispositions nécessaires pour que ces rectifications soient désormais enseignées, étant clairement posé que les formes actuellement en usage resteront évidemment admises Mais lenseignement ne saurait être le seul lieu où ces rectifications sutilisent. Je demande donc à Monsieur le ministre délégué chargé de la francophonie de réunir, conjointement avec le vice-président du Conseil, lensemble des responsables des dictionnaires, de la presse écrite et de lédition, ainsi que les correcteurs professionnels et tous les spécialistes concernés pour envisager avec eux les moyens de faire passer ces aménagements de lorthographe dans lusage ordinaire. Afin que chacun puisse en prendre connaissance, le texte définitif du rapport sera publié au Journal officiel et au Bulletin officiel de léducation nationale. Vous avez émis le vu, Monsieur le Secrétaire perpétuel, que les usagers du français aient prochainement à leur disposition un lexique officiel des mots touchés par ces rectifications. Je demande à la Délégation générale à la langue française de préparer et de publier ce lexique. Dès sa publication, donnant lexemple, le Gouvernement suivra vos recommandations dans les textes dont il est lauteur. Mesdames, Messieurs, vous savez combien le Président de la République suit avec intérêt et attention votre travail au service de cette langue quil manie avec autant dattachement que de maîtrise. Je me félicite, pour ma part, de ce que, dans cette séance de notre Conseil, la question de lorthographe ait été située au sein dun ensemble comportant également la question de lorganisation effective dun véritable multilinguisme européen, celle du français scientifique, et celle de la place du français dans la langue de léconomie ou dans les industries de la langue. Notre action sur chacun de ces points ne forme quun même combat, et répond à un seul souci : celui darmer le plus efficacement possible notre langue pour assurer son maintien, son développement et sa promotion en abordant les yeux ouverts la réalité de la concurrence linguistique.
|
||||||||