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Réception
de M. Léopold Sédar Senghor
DISCOURS PRONONCÉ DANS
LA SÉANCE PUBLIQUE
le jeudi 29 mars 1984
PARIS PALAIS DE LINSTITUT

M.
Léopold Sédar Senghor, ayant été élu
par lAcadémie française à la place laissée
vacante par la mort de M. le duc de Lévis Mirepoix, y est venu
prendre séance le jeudi 29 mars 1984, et a prononcé le
discours qui suit :
essieurs,
Comme nombre
de faits sociaux, les événements de Mai 1968 ont bouleversé,
par-delà lUniversité, la société française
elle-même. En effet, ils allaient mettre en cause lidée
et, partant, la mission de lHistoire. Cest que Mai 1968 a eu,
dans lUniversité, des conséquences dabord négatives,
mais qui, parce que telles, allaient provoquer des réactions
vigoureuses, et fécondes en définitive.
Dès
1930, en effet, les historiens avaient commencé de critiquer lHistoire
telle quon lavait enseignée sous la Troisième
République. Cétait, alors, un condensé, parfois
pittoresque, de faits politiques et militaires, rigoureusement datés.
Après Mai 1968, on adopta une autre Histoire : non pas intégrée,
mais lacérée en thèmes et insérée dans
un ensemble quon voulait « social ». On avait
voulu sévader dun « pointillisme chronologique » ; on lui a substitué un « thématisme »
où lon sent un relent positiviste.
Les
dégâts furent considérables, dont le moindre ne fut
pas lignorance, croissante, du passé national où était
la jeunesse française. Cest contre ce déracinement
culturel que, dès 1979, réagit lAssociation des
Professeurs dHistoire et de Géographie. Doù
la création, en 1982, de la « Mission » sur
lenseignement de lHistoire, qui a abouti, lan dernier,
au rapport Girault.
Parmi ceux
qui réagirent le plus vigoureusement contre la conception thématique
de lHistoire, figurait le duc de Lévis Mirepoix. Celui-ci lui
opposait la vision globale, qui doit caractériser chaque époque,
chaque continent, chaque peuple. Il sagit dune histoire intégrale,
dans lesprit de ce que jappellerai la Révolution de 1889.
Cest en
mattachant à définir, sur le vif de son uvre, la
méthode de lhistorien et le grand talent de lécrivain
que je pourrai le mieux, Messieurs, macquitter de mon devoir de reconnaissance
envers vous. Cest le sens que je donne au très grand honneur
que me fait le Président François Mitterrand, protecteur
de lAcadémie, en assistant à cette cérémonie.
Auparavant, je voudrais parler dAntoine de Lévis Mirepoix.

a
famille du duc de Lévis Mirepoix a été, dès
le XIIIe siècle, intimement mêlée à
lhistoire de la nation française. En 1209, Guy de Lévis
Mirepoix quitta son Ile de France pour accompagner, dans le Midi, Simon
de Monfort, parti en croisade contre les Albigeois.
La longue
lignée dancêtres tissée dans lHistoire de France
ne fut sans doute pas étrangère à la vocation de
notre historien. Ses études classiques, terminées par
une licence de philosophie en Sorbonne, la favorisèrent certainement.
Du moins contribuèrent-elles à donner, à son Histoire
de France cest le titre que je donnerai à lensemble
de ses uvres , cette profondeur de vision qui la caractérise.
Des quelque
trente-deux ouvrages de notre auteur, je ne veux retenir que ceux qui
se rapportent à lHistoire de France. Je distinguerai, dune
part, les ouvrages généraux et, dautre part, ceux ressuscitant
de grandes figures qui ont marqué leur époque. Parmi les
premiers, je citerai : La France féodale, La Monarchie
française, La France de la Renaissance, Grandeur et Misère
de LINDIVIDUALISME français. Parmi les derniers, je me suis
arrêté à Philippe Auguste, Philippe le Bel, François
Ier, Henri IV et Robespierre.
Derrière
les événements ou, mieux, les faits, M. de
Lévis Mirepoix entend nous suggérer une certaine idée
de la France. Dans son cheminement à travers lhistoire de
lHexagone, nous suivrons sa réalisation. En même temps,
nous soulignerons, pour chaque époque, les traits caractéristiques,
en évolution, de la civilisation française.
Mais
quest-ce que lHistoire ? Paradoxalement, mais
heureusement, son objet na pas changé depuis quelque 2 400 ans,
depuis Hérodote. En effet, dans le préambule de ses « Histoires »,
celui-ci nous les présente comme « lexposé »
des résultats de ses « recherches », quil
voudrait faire garder dans la mémoire des hommes. Ses recherches
sur les « actions importantes et remarquables aussi »,
accomplies aussi bien par les Barbares que par les Grecs. Cest ainsi
que je traduis erga mégala té kaï thômasta.
Toute lHistoire est là, dans cette première phrase.
LHistoire considérée comme une « science
humaine », qui met laccent sur les faits significatis.
Pour
revenir à notre auteur, si M. de Lévis Mirepoix a gardé,
voire accentué le sens humaniste, appliqué à lhistoire
de France, sa méthode et ses moyens sont du XXe siècle.
Il sagit dune histoire scientifique, voire quantitative. Cependant,
en réaction contre le positivisme attardé, notre historien
sest fait, encore une fois, une vision intégrale de lhumanité.
Cest pourquoi il ne se fie pas à la seule raison discursive.
La Révolution culturelle de 1889, marquée par lEssai
sur les Données immédiates de la Conscience dHenri
Bergson, lui a rappelé, en son temps, que les anciens Grecs, fondateurs
de la raison albo-européenne, accordaient plus dimportance
à lintuition quà la discursion et autant à
la sensibilité quà la volonté. Doù,
au côté des causes matérielles, limportance
que M. de Lévis Mirepoix accorde aux causes psychologiques :
à la psychologie des nations comme des individus. Cependant, cette
psychologie des foules, il a pris soin, allant « de la Biologie
à la Culture », de lenraciner dans la géographie,
lethnie jallais dire la « race »
et la civilisation.
Armé
de la conception que voilà, M. de Lévis Mirepoix sest
mis à la recherche des documents : des matériaux par
excellence de lHistoire. Peu dhistoriens ont eu à ce
point la conscience de la documentation. Comme le dit Henri Marrou dans
son De la Connaissance historique, « lhistoire
se fait avec des documents ». Nous ne pouvons, en effet, sans
ces moyens, connaître le passé, ni surtout ses hommes.
Cest
là que se situe cette science auxiliaire de lhistoire, lheuristique,
qui consiste à découvrir les faits significatifs. Encore
faut-il bien interpréter ceux-ci. Ici, en effet, il faut, autant
que « lesprit de géométrie »,
faire intervenir « lesprit de finesse ». Le
fait ainsi découvert, précise Marrou, il faut rechercher
« tous ses tenants et aboutissants : ses causes, ses effets,
sa signification, sa valeur (pour les acteurs, les contemporains... pour
nous) ». Cest ce qui, par exemple, apparaît, dans
la dialectique des causes et des effets, à propos de lassassinat
dHenri IV par Ravaillac.
Lhistorien
Antoine de Lévis Mirepoix a toujours pris soin de lire ses prédécesseurs,
les historiens de la France, depuis Jean Froissart et Philippe de Commynes
jusquà Jules Michelet, jusquà Albert Mathiez.
Les historiens, mais aussi les historiographes, chroniqueurs et autres
mémorialistes. Mais encore les archives nationales. Il descendait
jusquaux « papiers de famille », en commençant
par les siens, que sa famille a cédés, en « dation »,
à lÉtat et qui constituent plus de mille cartons et
grands registres.
Ainsi présentés
lesprit et la méthode de lhistorien, je distinguerai :
la France féodale, la France de la Renaissance et de Louis XIV,
la France de la Révolution et des temps modernes.

essieurs,
Pour
le duc de Lévis Mirepoix, la Nation française naît
avec les Capétiens. Auparavant, cétaient les « préliminaires
de la France ». Ceux-ci débutent avec « lhéritage
gallo-romain », très exactement avec la chute de lEmpire
dOccident. Mais, déjà, se dessinait, à travers
la Gaule romaine, « lHexagone sacré » : un ensemble de paysages sexprimant, tour à tour, par la
grâce mélodieuse ou la force abrupte.
Cest
dans ce cadre, si original dans sa variété, que sest
développée lethnie, puis la nation française
par métissages successifs, biologiques et culturels. Comme nous
lapprennent les plus grands biologistes daujourdhui,
dont Jean Bernard et Jacques Ruffié, toutes les nations créatrices
sont faites de ce double métissage. Ici, les Romains se sont ajoutés
au vieux fonds gaulois, et, aux Romains, les différents peuples
germaniques. Je note, en passant, que des peuples pré-indo-européens
avaient précédé « nos ancêtres les
Gaulois », dont les Basques.
À
la spiritualité des Celtes, se greffa lesprit de méthode
et dorganisation des Latins. Quant aux Germains, leur sensibilité,
profonde mais à réaction lente, apportera, à lart
français, ce lyrisme lucide qui distingue nombre décrivains
et dartistes du Nord, tandis que les troubadours et autres artistes
du pays doc ne seront pas sans avoir emprunté quelque chose
à lhéritage ibère, sinon ligure.
Et le christianisme vint mûrir, en les spiritualisant au plus
haut degré, les apports des différents peuples entrés
dans lHexagone.
Jaborderai
la France féodale, avec le duc de Lévis Mirepoix,
en commençant par Hugues. Prenant le pouvoir, celui-ci fit, « dès
la première année de son règne », reconnaître
et sacrer son fils Robert. Et cest ce geste qui, en fondant le principe
de lhérédité, donnera, à la monarchie,
la continuité dans la durée. Il sagit, directe ou
indirecte, dune hérédité avec transmission
du pouvoir royal « de mâle en mâle, par primogéniture ».
« Parler
danarchie féodale, écrit le duc de Lévis Mirepoix,
cest employer deux mots et deux idées qui ne peuvent aller
ensemble ». Comme le dit son étymologie latine, la « féodalité »
était une organisation politique et sociale, fondée sur
un pacte, mieux, une alliance qui se définissait par « la
réciprocité des services ». Grâce au christianisme,
ces engagements sappuyaient sur une force morale.
La féodalité
est née dune réaction contre les violences et lanarchie
née des invasions germaniques. Alors, le meilleur refuge des
habitants de la campagne était le donjon du chevalier :
du noble, qui possédait un domaine à labri dun château.
Celui-ci, par contrat, en louait les terres à des paysans, qui
les cultivaient contre des redevances de diverses sortes. À son
tour, le seigneur rural sengageait envers un seigneur dun plus haut
titre. Jusquau roi de France.
La
féodalité, comme système de services réciproques,
nous précise M. de Lévis Mirepoix, est animée
« par un même principe vital qui circule à travers
le Moyen Âge comme le sang sous la peau : lhérédité.
À peu près tout est héréditaire dans la société
civile... jusquau commerce et au métier ». Ce
qui nempêche pas lélection dintervenir
quand il est question de ladministration et du fonctionnement des
corps constitués : des États généraux
et provinciaux, des communes, des villes franches, etc.
Le grand
dessein de La Monarchie française pendant le Moyen Âge
sera, enracinée dans ces collectivités, de maintenir,
en la développant, la réalité vivante de la France,
den faire son grand uvre. Et la République maintint le
dessein. Cest la thèse dAntoine de Lévis Mirepoix.
Cette certaine
idée de la France, dont notre historien poursuit la réalisation
à travers un millier dannées, est la symbiose de deux
vertus, complémentaires. Cest, dune part, lautorité
de lÉtat, cest-à-dire la capacité de se faire
obéir ; ce sont, dautre part, les libertés,
qui, données aux collectivités et aux groupes, aux familles
et aux personnes, leur permettent de sépanouir.
Dans
le développement de ces libertés, deux souverains ont, au
Moyen Âge, joué un rôle majeur : Louis IX, devenu
Saint-Louis, et Philippe IV le Bel. Les « ordonnances de Beaucaire »,
signées par Saint-Louis, furent lexpression la plus significative
de cette volonté royale. Il sy est agi, essentiellement,
de poser un principe général : celui de la consultation,
régulière, par le roi des « seigneurs, clercs
et magistrats des villes », qui, sous peine de nullité,
votent les impôts. Au lieu de supprimer, simplement, la coutume
féodale en coupant les racines de la nation française, Louis
IX voulait y greffer le droit romain en retenant les principes
de rationalité humaniste qui, jusquà présent,
font la valeur du droit français. Et Philippe le Bel, moins juge
que légiste, continua luvre de Louis IX.
Jai
parlé des libertés données aux métiers. Notre
historien y insiste. Et ce nest pas hasard sil établit
un parallélisme entre la chevalerie et la corporation, celle-ci
étant complétée par la confrérie. Il y avait,
de lautre côté, le principe, complémentaire,
de la liberté dans lassociation. Et lhistorien
de souligner que « la confrérie pratiquait le secours
mutuel et la bienfaisance ». Surtout, il ny avait pas
encore de « classes » parce que pas de capitalisme.
Les « états » étaient perméables
lun à lautre, car, selon son travail et ses mérites,
le bourgeois, voire le paysan pouvait accéder à la noblesse.
Du
domaine économique et social, nous passerons à la culture
en rappelant ce quAntoine de Lévis Mirepoix appelle « la
Renaissance des XIIe et XIIIe siècles ».
Bien
sûr, il y a eu la fondation des universités. Et, auparavant,
lédification, par le clergé, de tout un système
déducation, correspondant aux enseignements primaire, secondaire
et supérieur avec les « petites écoles »,
les « grandes écoles », enfin, les « collèges »,
dont Philippe Auguste groupera ceux de Paris pour en faire la première
université.
Ce quon
enseignait ? Cétait, dabord, avec les lettres antiques,
la philosophie scolastique. Quant à lenseignement du latin,
sous la forme dune langue souple, mais rationnelle, cétait
encore lexercice qui formait le mieux lesprit français. Et
les sciences nétaient pas oubliées, dont les mathématiques,
lalchimie, la médecine.
Dans
la France féodale, Antoine de Lévis Mirepoix nous
introduit au premier monde des Lettres et des Arts qui mérite le
titre de « français ». Cette littérature
du Moyen Âge est significative, dont je ne retiendrai que la poésie.
Cest la première expression dune francité
toute neuve, qui reflète la riche symbiose culturelle dont nous
avons déjà parlé. La poésie du Nord est une
poésie épique, née de la tradition orale des anciennes
chansons de geste. Le génie, non pas germanique, mais celtique
sy révèle encore. Le héros y est, en effet,
à la quête du Saint Graal, de lAbsolu divin plus que
de lamour humain. Avec le Midi, lamour de sa dame lemportait
sur toute autre quête. Dun mot, la poésie de langue
doïl était plus visionnaire et rythmée,
tandis que celle doc était dune beauté
plus plastique, plus formelle.
Après
la littérature, la Cathédrale, quAntoine de
Lévis Mirepoix nous présente comme le premier « aspect »
de la civilisation du Moyen Âge. Lhistorien nous le rappelle,
lart roman, rationnel, mathématique, nous était venu
de la civilisation gréco-romaine. Lart gothique est autre :
par ses origines, non par son but, surtout par ses techniques, son style.
Lart roman était caractérisé par le plein-cintre
sur des murs solides, exactement calculés ; lart gothique
se définit par logive ou arc brisé. Le but reste le
même, qui est, par des formes plaisantes aux yeux et au cur,
de porter lâme jusquau ciel. Il y a seulement que lart
gothique emploie les moyens poétiques des Celto-Germains, faits
délégance légère, rêveuse. Les
images de ses sculptures, mais, auparavant, ses formes sur les piliers,
les chapiteaux, les voûtes, ne sont pas figées dans une symétrie
quasi mathématiques ; elles sont entraînées dans
un rythme fait de répétitions qui ne se répètent
pas.
Il
reste que lHistoire daujourdhui, comme science humaine,
ne peut se passer entièrement de « lHistoire de
Papa » : des faits politiques et militaires. Dautant
moins que cest la Guerre de Cent Ans qui termine le Moyen
Âge, à laquelle M. de Lévis Mirepoix a consacré
une monographie.
Les
Capétiens directs avaient voulu « marcher devant la
France » pour opposer une « force dattraction »
à la « force centrifuge » des provinces et
des villes. Mais la force centrifuge venait également de lextérieur.
Il sagissait, ici, de faire coïncider les frontières
avec les limites de lHexagone. Cest dans ce grand dessein
quil faut situer les victoires de Bouvines et de Mons-en-Pévèle,
des « victoires créatrices », comme dit M. de
Lévis Mirepoix, dont la dernière opéra le « transport
de la Flandre » dans le royaume.
Précisément,
le roi dAngleterre Édouard III saisit le prétexte
de « léternelle question de Flandre »
pour réclamer, en 1337, la couronne de France. Dans le « tableau
chronologique de la Guerre de Cent Ans », M. de Lévis
Mirepoix compte nombre de grandes batailles. Si les Français ne
gagnèrent que deux batailles, ce furent les dernières, et
ils reconquirent la Normandie, puis la Guyenne.
Cette
guerre, interminable, aura été le plus grand effort dunité
et de continuité des rois de France. Et il se produisit le phénomène
Jeanne dArc. Une jeune fille était née dans une marche
du royaume : « dans un foyer paysan, libre sur son petit
bien ». Et elle incarna le patriotisme français :
la lucidité, le courage et la foi dans lavenir de la nation
comme en Dieu. Et elle remplit sa mission auprès du roi.
La
France sortait donc agrandie de ces épreuves, et la nation, fortifiée,
mais non sans bouleversements économiques ni sociaux. Les fléaux
simultanés de linvasion, de la guerre civile, du brigandage,
souligne notre historien, avaient désarticulé le système
féodal. La remise en ordre du royaume amena dimportants « retournements ».
Cependant, les mêmes causes ne produisant pas toujours les mêmes
effets, la guerre, dans son ensemble, avait favorisé le retour
à la prospérité, comme lont chanté les
poètes de ce temps.

ouis
XI, un des grands Valois, allait jouer le double rôle de liquidateur
de la Guerre de Cent Ans et de précurseur de la Renaissance. M. de
Lévis Mirepoix nous le montre jouant au « jeu de bascule
entre lunité et les franchises », annexant la
Bourgogne, lAnjou, la Provence et le Maine. Dès lors, il
pouvait courir « les aventures créatrices ».
Loin
de ruiner la France, les « chevauchées dItalie »
furent les levains actifs de la Renaissance. Les États italiens,
nous dit lhistorien, avaient, avec les sciences et les techniques,
développé léconomie, puis, par surcroît,
« lexpression de lindividu, particulièrement
propice à la création artistique et littéraire ».
Les États
italiens, fatigués des interventions de lempire germanique et
du royaume dAragon, sans oublier lAngleterre, avaient fini par appeler
Louis XI. Cest pourquoi jusquà Henri IV, la politique extérieure
des rois de France aura pour objectif majeur de briser la coalition
des Trois Grands.
Charles
VIII commença par réunir les États généraux
à Tours, en 1484, qui firent porter leurs revendications sur six
chapitres, dont la diminution de la taille. Et celles-ci furent satisfaites
par Charles VIII et son successeur. En même temps, le roi de France
mit sur pied, explique M. de Lévis Mirepoix, « une
des plus puissantes armées de lépoque ».
Cela
dit, Charles VIII et le duc dOrléans, qui lui succèda
sous le nom de Louis XII, ne remportèrent pas, en Italie, des succès
définitifs. Cependant, M. de Lévis Mirepoix conclut
ainsi : « Ni le commerce, ni lagriculture navaient
souffert des guerres dItalie ».
Monté
sur le trône à vingt et un ans, et reprenant les prétentions
de son prédécesseur sur le Milanais, François Ier
gagna la bataille de Marignan. Les conséquences en furent dune
grande importance, dont la paix de Fribourg et le Concordat de
1516.
Mais voilà
quen 1519, Charles monte sur le trône dAllemagne sous le nom
de Charles Quint, dont les États entourent la France.
Cest précisément à rompre cet encerclement que
le roi de France emploie ses brillantes qualités. Les résultats
de ses campagnes sont contenus dans les traités de Madrid et
de Cambrai, puis dans la paix de Crespy. La France renonçait
à toutes ses prétentions en Italie, tandis que Charles
Quint le faisait sur la Bourgogne.
La
politique intérieure des rois de France depuis Louis XI peut, selon
notre historien, se résumer en un mot, la Renaissance. On
définit généralement la Renaissance comme « un
essor intellectuel provoqué... par le retour aux idées et
à lart antique gréco-latins ». Cest
plus complexe.
Antoine
de Lévis Mirepoix nous présente la boussole et limprimerie
comme les facteurs les plus actifs de la nouvelle civilisation. Allons
plus loin. En littérature et en art, on est moins sensible aux
idées quaux sentiments, à la vie intérieure quà
son expression artistique, à la vérité quà
la beauté. Et lon nous montre un monde où le développement
individuel lemporte sur la solidarité sociale, le développement
artistique et littéraire, sur la vie spirituelle.
Quelle
est, dans tout cela, laction des rois de France ? François
Ier fait mieux que ses prédécesseurs. Citant
Michelet, Antoine de Lévis Mirepoix écrit : « Tous
les princes de son temps honorèrent les penseurs et les artistes,
mais François Ier les aima ». Il les fréquente,
y compris les savants, en les aidant. Et il fonde le Collège
de France.
Quels furent
les résultats ? Dans les lettres et les arts, je ne retiendrai,
une fois de plus, que larchitecture et la poésie.
Nous
lavons dit, le Quattrocento, renouant avec Rome plus quavec
Athènes, voyait, dans larchitecture, un art scientifique.
Les Valois firent adapter les emprunts au génie, complexe, du tempérament
français. M. de Lévis Mirepoix le note, « les
architectes français de la Renaissance opposaient, aux lourdes
masses féodales », une architecture plus légère,
ajourée, aérienne.
Quant
à la poésie de la Renaissance, il a fallu attendre la Révolution
de 1889 et les symbolistes pour découvrir son authenticité.
Jinsisterai sur lÉcole lyonnaise. Antoine de
Lévis Mirepoix a, au demeurant, souligné que le mouvement
de lÉcole lyonnaise était « antérieur
à la Pléiade », ce mouvement où florissaient
des génies comme Maurice Scève et Louise Labé. Et
ce nest pas hasard si les poètes contemporains se reconnaissent
en eux, qui ont incarné, avant la lettre, lesthétique
du XXe siècle, que je définis : « Un
ensemble dimages analogiques, mélodieuses et rythmées ».
Après
la Renaissance, la Réforme, qui fut comme le remède
de ses excès. Cest quà la fin du Moyen Âge, les
murs sétaient relâchées dans maints monastères.
À quoi commencèrent de réagir beaucoup de consciences.
On
ne le dira jamais assez, les papes et les rois de France se conjuguèrent,
dabord, « pour sauver lunité de la chrétienté
et accomplir, à lintérieur, la réforme de lÉglise ».
François Ier alla jusquà sauver la vie
à des personnalités poursuivies, dont Calvin. Il fit mieux
en signant lédit de Tolérance.
Le
roi Henri Il continuera la politique de François Ier.
Malgré une tentative dassassinat sur sa personne, il sut
raison garder. Après une série de batailles où, dans
chaque camp, les défaites avaient équilibré les victoires,
Charles Quint « abdiqua solennellement ses couronnes ».
Et Henri II finit par redécouvrir la vocation de la France,
qui est une « reconcentration » sur le pré
carré. Cest le sens que donna le roi à la paix
de Cateau-Cambrésis, signée en 1559. Metz, Toul et Verdun
lui revenaient.
Charles IX
reprit le combat de lunité. Parvenu à sa majorité,
il profita de la clôture du concile de Trente pour signer, en
1568, la paix de Longjumeau, qui accordait la liberté
de culte et que viendra renforcer, en 1570, la paix de Saint-Germain.
Cependant,
le roi, sétant émancipé de sa mère,
Catherine de Médicis, sappuyait sur lamiral de Coligny.
Cest pourquoi elle fit tirer sur Coligny. Ce qui provoqua la nuit
de la Saint-Barthélémy, le 24 août 1572. Le
roi, conclut lhistorien, « ne sortit de son hallucination
sanglante que pour entrer dans un remords qui abrégea sa faible
vie ».
Henri
III succéda à Charles IX. Cest lui qui signa lédit
de Beaulieu le 15 mai 1576, où « la Saint-Barthélémy
était publiquement désavouée ». Il y ajouta
la paix de Bergerac. Celle-ci « reconnaissait la liberté
de conscience » et « laccès aux charges
publiques, sans distinction confessionnelle ». Ce qui nempêcha
pas un moine, Jacques Clément, dassassiner le roi en 1589.
Le
fait quHenri IV est protestant lamènera, dans tous
les domaines, à continuer luvre des Valois. Il commence
son règne par la Déclaration de Saint-Cloud, et il
prend le temps de se donner « librement à la religion
catholique ». Ensuite, le roi de France signe lédit
de Nantes, qui reprend celui de Poitiers et étend les libertés
des protestants.
Ayant
réglé ce problème, Henri IV reporta toute son attention
sur les problèmes économiques et sociaux. Avec lui, lagriculture
a la priorité. Cependant, en même temps quil faisait
du « labourage et pâturage... les deux mamelles de la
France », sans oublier lindustrie, le Bourbon faisait
mûrir la Renaissance en classicisme avec Malherbe.
Proclamée
sa majorité en 1616, Louis XIII se montra un roi lucide, encore
que « peu communicatif ».
Sagissant
de la politique étrangère, la situation de la France sétait
aggravée. Comme le rappelle M. de Lévis Mirepoix, Vienne
et Madrid sétaient rapprochés et un différend
était né « entre les couronnes de France et dAngleterre
au sujet de Québec ». Heureusement, Richelieu, premier
ministre, parvint à faire confirmer, par le traité de Saint-Germain-en-Laye,
« le retour du Québec à la France ».
Pendant ce temps, avait éclaté, entre lempereur et
les protestants, la Guerre de Trente Ans.
Richelieu
et Louis XIII mourront en 1642 et 1643. Non sans avoir, auparavant,
acquis le Roussillon à la France. Et cest Louis XIII, vous le
savez, qui donna naissance à lAcadémie française
par Lettres patentes de janvier 1635.
Louis
XIV hérita du trône à lâge de onze ans,
et Anne dAutriche sempressa de mettre la régence dans
les mains de Mazarin, qui, par le traité de Westphalie, ajouta
lAlsace, sauf Strasbourg, aux « trois évêchés ».
Louis
XIV était encore enfant quand éclata la Fronde. Devenu majeur,
il déclara quil serait son propre « premier ministre ».
Après le traité des Pyrénées, qui donnait
lArtois à la couronne, lun de ses premiers actes dautorité
fut, nous dit M. de Lévis Mirepoix, de « diminuer
incontinent trois millions sur les tailles déjà réglées ».
Sopposant à La Bruyère, qui nous présente les
paysans comme des « animaux farouches », lhistorien
nous montre le peuple de France, artisans et paysans, plus prospère
avec la prospérité du royaume, favorisée par le développement
des manufactures, mais rendu à la « misère »
par les revers militaires.
Je ne métendrai
pas beaucoup sur les guerres dont est tissé le règne de
Louis XIV. Cest la guerre de la Succession dEspagne qui fut la plus
meurtrière du règne. Elle se termina par le traité
dUtrecht et de Rastadt. La France conservait lessentiel, la frontière
du Rhin, après avoir récupéré la Franche-Comté.
Il
me faut, ici, faire retour en arrière. Sous Louis XIV, « lempire
colonial mesurait déjà quelques millions de kilomètres
carrés », précise M. de Lévis Mirepoix
avant de parler du Code noir, qui date de 1685. Tout en signalant
que cest, là, « une atténuation de lesclavage »,
il sétonne : « On se demande comment les
nations dEurope ont pu ladmettre outre-mer, quand toutes se
réclamaient du christianisme ! » Cest toute
la question. Aussi grave que lesclavage fut la révocation
de lédit de Nantes. Cest, pour le duc de Lévis
Mirepoix, « la grande faute du règne ».
Si, malgré
tout, le bilan du règne de Louis XIV semble positif à
notre historien, cest quavant la guerre de la Succession dEspagne,
le roi avait réussi à faire de la France un pays prospère,
mais aussi un pays où les lettres et les arts avaient rayonné
dun éclat sans égal en Europe.

ouis
XV hérita du trône à lâge de cinq ans.
À sa majorité, le roi de France maintint Guillaume Dubois
comme premier ministre. Si notre historien reconnaît la timidité
de Louis XV, voire sa paralysie dans laction, il loue son « travail »
et sa « lucidité ».
À
lintérieur, la prospérité revint. Mais voilà
que le Parlement, se donnant des franchises quil na pas, veut se substituer
aux États pour faire des remontrances au roi de France. Cest
ainsi quil sopposa à limpôt du vingtième.
Louis XV refusa de céder. Le parlement, les parlements furent
renvoyés, et renouvelés avec les anciennes coutumes. Et
de nouvelles furent instituées par le Code Maupeou.
À
lextérieur, Louis XV répugnait à la guerre : mais, comme la souligné Antoine de Lévis Mirepoix,
« la majorité dune opinion égarée
ly poussait ». Cest ainsi que la France fut successivement
engagée dans les deux guerres de Succession de Pologne et dAutriche
ainsi que dans la Guerre de Sept ans. Si, après la première,
la Lorraine devait revenir à la France, le traité de Paris,
après la dernière, allait, en 1763, la priver de lessentiel
de ses colonies. Malgré cela, si lon en croit notre historien,
les résultats du règne de Louis XV furent positifs.
Louis XVI,
qui lui succéda, neut pas moins de qualités. Il y a seulement
quintelligent, le nouveau roi de France était dune volonté
sans ressort. Cest ce manque de caractère qui devait provoquer
sa chute, commence par noter lhistorien.
Heureusement,
après Maupeou, le roi appela Turgot, le physiocrate, au Contrôle
général. Appliquant sa doctrine, Turgot, avec lucidité
et courage, avance dans la voie des réformes. M. de Lévis
Mirepoix note : « Turgot supprime la corvée, les
fraudes, les maîtrises. Mécontents, les corps de métiers
se dressent... Les réformes... le plus apparemment utiles ont leurs
retours de flamme ». Ce fut ainsi que fut déclenchée
la Guerre des Farines, où le roi abandonna son ministre.
Comment
expliquer ces émeutes, qui, de Louis XV à Louis XVI,
vont en saggravant ? Cest que les esprits avaient changé,
que, devenus philosophes, les savants, économistes et
juristes, artistes, mais surtout écrivains, avaient développé
leur esprit critique, mis, non plus au service du roi, mais retourné
contre lui, avant de lêtre contre la monarchie. Le meilleur témoignage
en est encore lEncyclopédie, dont le sous-titre est Dictionnaire
raisonné des sciences, des arts et des techniques.
Le second
fait qui, progressivement, amena la France à la Révolution,
suggère Antoine de Lévis Mirepoix, fut linstabilité
ministérielle. Il reste quen matière de politique étrangère,
le roi et ses ministres firent preuve dune résolution lucide,
et dans le partage de la Pologne, et dans la guerre dAmérique.
Le traité de Versailles, qui conclut celle-ci, allait venger
la France de celle de Paris.
Cependant
la guerre dAmérique avait coûté cher. Voulant
redresser la situation financière, Louis XVI avait appelé
Calonne, qui proposa, à lAssemblée des Notables, une
série de mesures que lhistorien résume par lexpression
de « suppression des abus ». Hélas !
après avoir soutenu cette révolution pacifique, le roi plia,
une fois de plus, et la refusa. Mais il fut obligé de convoquer
les États généraux, les derniers avant la Révolution.
Dès
la réunion des États généraux, se posa le
problème, essentiel, de la modalité du vote. Et une fois
encore, le roi sinclina devant la volonté fermement affirmée
du Tiers État. Tout était, dès lors, prêt.
La Révolution allait commencer par laffirmation de quelques
principes, dont celui de la Nation qui fait la loi.
Comment
se fait-il quelle tourna en émeutes, désordres et
massacres ? Notre historien lexplique. Cest, dabord,
que les conquêtes de la Révolution ne se sont pas faites
par la raison, mais par le sentiment. Cest surtout que la Révolution
a ignoré le « quatrième ordre » :
les ouvriers agricoles et des manufactures, qui navaient ni « le
nécessaire », ni le droit de vote. Ce qui ne pouvait
que les pousser à la violence.
Cest dans
cette atmosphère de la Grande Peur que le roi écouta
le conseil, non pas de fuir à létranger, mais de séloigner
de Paris. Son arrestation à Varennes marqua le grand tournant
de la Révolution. En octobre 1791, lAssemblée constituante
cédait la place à lAssemblée législative.
La Révolution se radicalisait sous linfluence de deux événements
majeurs : la guerre aux frontières et la pression des clubs.
Le duc de
Lévis Mirepoix nous montre les Girondins sous un jour nouveau.
Pendant que ceux-ci dominaient encore lAssemblée, ils déclarèrent
cette longue guerre de vingt-trois ans. Malgré le roi, malgré
Robespierre. Quant aux clubs, ils furent les acteurs des journées
du 20 juin et du 10 août, qui allaient, non pas accomplir, mais
achever la Révolution. Louis XVI et sa famille furent enfermés
au Temple, et le roi, suspendu de ses fonctions.
En
effet, le jour de la victoire de Valmy, lAssemblée législative
fut remplacée par la Convention nationale, qui, par décret
et à lunanimité, déclara que « la
royauté est abolie en France ». Notre historien nous
en précise la signification. Il y avait, dune part, les Girondins,
qui, manquant de courage, allèrent jusquà reprocher
au roi « leffusion de sang du 10 août ».
Il revenait aux Jacobins, menés par Robespierre, de poser le vrai
problème : celui de la monarchie. Animé dune
passion claire, sinon lucide, Robespierre incarnait, plus que tout autre
conventionnel, lindividualisme de doctrine. Ce nest
pas une politique, ce sont les principes de la « République »
quil défend. Il conclut : « Le décret...
ne peut être révoqué, il ne peut être mis en
question sans offenser les premiers principes ».
À
ces principes, Louis XVI oppose ceux de la monarchie, qui reposent sur
la continuité dans la durée. Et il conclut, lui aussi, par
ces mots : « En conséquence, je déclare
que jinterjette un appel à la nation elle-même du jugement
de ses représentants ».
Encore
que brièvement, Antoine de Lévis Mirepoix continuera son
Histoire de France jusquà la Ve République.
Il y signale deux problèmes que na pas résolu la Révolution
de 1789 : la démocratie intégrale, cest-à-dire
le suffrage universel, et « lorganisation du monde du
travail ». Le suffrage universel, même pour les colonies,
sera établi par la Révolution de 1848, avec labolition,
définitive, de lesclavage. La réorganisation et la
promotion sociale du « monde du travail » seront
luvre des IIIe, IVe et Ve Républiques,
sous les influences, alternées ou conjuguées, des libéraux,
comme Gambetta, mais surtout des chrétiens sociaux, comme le comte
Albert de Mun, et des socialistes, comme Jean Jaurès.

essieurs,
Il est temps
den arriver, après lhistorien, à lécrivain quest
Antoine de Lévis Mirepoix. Limportance de ses romans vient de
ce quils ont fait de lui un écrivain de grand talent jusque
dans ses uvres historiques. Jai commencé par lire son
Robespierre. Dès les premières pages, je découvris
un écrivain authentique, dont lélégance est la
vertu majeure. Mais une élégance animée,
au sens étymologique du mot.
Cest,
peut-être, dans les aphorismes quelle sexprime le mieux :
par léconomie des moyens. Comme dans cette phrase, où
il ny a pas un mot de trop : « Il ny a guère
dexpérience des peuples ». Mais, le plus souvent,
nous rencontrons une ou des images analogiques, qui animent lidée.
Ainsi cette distinction de deux amours : « Tandis que
lamour romantique séchappe vers les retraites
silencieuses, lamour pathétique se nourrit dactions,
se repose dans du soleil, prend pour chaumière et pour refuge la
gloire ».
Cette
vie de la phrase peut aller plus loin, en sirisant desprit
français ou dhumour celtique. Dabord lesprit,
qui joue sur les mots : « Ici se polissent, pour ainsi
dire, les situations fausses et, si la compagnie nest pas toujours
bonne, elle affecte toujours dêtre en bonne compagnie ».
Et voici lhumour, qui est jeu de situations : « La
Quatrième République fut fondée en exécration
dun pouvoir personnel et en crainte révérentielle
dun prestige dont on aimait léclat, dont on fuyait
lautorité ».
Mais allons
plus avant dans lart de lécrivain, en abordant les portraits
et les récits, quil sagisse de batailles diplomatiques ou militaires.
Nous y retrouverons, de nouveau, cette vie, qui est la marque de la
Révolution de 1889.
Dans
Henri IV, les portraits abondent. Nous nous arrêterons à
celui du héros, quon nous développe de chapitre en
chapitre. En voici un exemple : « Ce spirituel compagnon
au visage éveillé, sur lequel régnait un vaste front
qui contrastait par sa gravité avec tout ce quil y avait
de raillerie dans les yeux, de sensuelle audace dans son grand nez courbé,
portait en lui plus de tristesse quon ne croit ». Vous
aurez remarqué lexpression du caractère par des images
symboliques.
Quant aux
batailles, nous choisirons celle de Fontaine-Française, dont
le récit occupe quatre pages et demie. Il y a, dabord, la description
du champ de bataille, puis le récit des combats, enfin, la conclusion.
Mais quelle vie dans la variété ! exprimée
par lhistorique du château, les dessous de la bataille, les commentaires
du roi lui-même et dun historien. Sans oublier ceux de la tradition
locale.
Pour bien
mesurer lart de lécrivain, il aurait fallu, par-delà
le style, descendre jusquà la langue : jusquaux faits grammaticaux,
comme la concordance des temps, que notre écrivain respecte si
scrupuleusement, mais avec les dérogations qui simposent en
introduisant des nuances. Mais il est temps de conclure.

essieurs,
Je vais
conclure. Or donc, cest en ce dernier quart du XXe siècle
que sédifie, malgré les tensions, les haines et les guerres,
cette Civilisation de lUniversel que Pierre Teilhard de Chardin,
un Français, annonçait pour laube du troisième
millénaire. Aujourdhui, chaque continent, chaque région,
voire chaque nation y apporte sa contribution, irremplaçable.
Cest dans cette prospective que jai fait une relecture contemporaine
de luvre historique de M. de Lévis Mirepoix.
Et jen
ai tiré cette première leçon, que lHistoire de
France offre, aux peuples du Tiers-Monde, un modèle exemplaire.
Elle le fait, dabord, en présentant, pendant quelque mille ans,
à travers la monarchie, les empires et les républiques,
un équilibre vivant, toujours à ressusciter, entre lautorité
de lÉtat et les libertés aussi bien des personnes que
des provinces ou régions et des communes.
Elle offre,
en même temps, le modèle dune symbiose biologique, mais
surtout culturelle. Et elle le fait consciemment. Ce nest pas hasard
si le Rapport Jeannenay sur la Coopération, daté
du 18 juillet 1963, présente la civilisation française
comme une force de symbiose. Elle prend, de siècle en
siècle et dans les autres civilisations, les valeurs qui lui
sont dabord étrangères. Et elle les assimile pour faire
du tout une nouvelle forme de civilisation, à léchelle,
encore une fois, de lUniversel.
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