essieurs,
Cest une tradition
presque aussi ancienne que les sociétés humaines de reconnaître
le mérite et de décerner des récompenses. Jadis,
une couronne de lauriers distinguait les vainqueurs et les poètes
chantaient leurs prouesses. Saint Paul névoque-t-il pas
la récompense qui sera attribuée à celui qui a
mené le bon combat ? En souvenir de Charlemagne dont une
légende accréditée par le petit Lavisse voulait
quil ait dispensé léloge et le blâme
entre les bons et les mauvais élèves, jusquau seuil
de la dernière guerre les lycées de la IIIe
République honoraient la fête de lEmpereur qui avait
alors son nom dans le calendrier des saints en offrant un goûter
aux élèves auxquels le Conseil de létablissement
avait décerné les félicitations, distinction suprême,
ou à défaut, concédé un témoignage
de satisfaction. Du plus modeste collège municipal jusquau
prestigieux Concours général des lycées, la distribution
des prix à la veille du 14 Juillet couronnait lannée
scolaire. Les sociétés savantes aussi observaient cet
usage : combien décrivains, de Jean-Jacques Rousseau
à Rivarol ont concouru sur des sujets imposés pour des
prix institués par des Académies ! Notre Académie
nest pas en reste.
Cette tradition immémoriale
et universelle a récemment fait lobjet dune critique
radicale au motif quelle contrevenait au principe dégalité :
distinguer certains nétait-ce pas aussi rejeter tous les
autres ? On a soupçonné lempire de larbitraire,
dans les choix de la faveur. Troublés par cette contestation,
la plupart des établissements scolaires ont suspendu notation
et attribution de récompenses. Le rite a dépéri
de la distribution des prix.
LAcadémie
française ne sest pas laissé impressionner par ce
procès. Année après année elle a continué
à distinguer le mérite, le talent, la valeur. De cette
façon de faire les raisons en effet nont rien perdu de
leur pertinence. Honorer ceux qui excellent, cest encourager à
les imiter, susciter lémulation. Aux raisons de toujours
lactualité en ajoute dautres : jamais autant
que depuis quelques années on na parlé, non sans
raison, de la nécessité dévaluer ; en
toutes circonstances, que ce soit pour vérifier le bon emploi
des fonds publics ou sassurer de la concordance entre les objectifs
et les moyens. Mais la raison principale reste que toute société
shonore en honorant le mérite et le talent. Les occasions
ne sont pas si nombreuses de pratiquer la vertu dadmiration, qui
est le complément indispensable du jugement critique. Chateaubriand
préconisait de pratiquer une critique des beautés plutôt que
des défauts.
Encore faut-il que les
choix effectués soient indiscutables : légalité
ne peut être rompue quau nom dune plus grande justice.
Il serait grave de méconnaître de vrais talents, plus pernicieux
encore dhonorer qui ne le mériterait point. La pratique
des distinctions requiert donc discernement et impartialité.
À cet égard la longue pratique de lAcadémie
apporte toutes les assurances. La liste dont il va être donné
lecture est la dernière étape dune procédure
qui sétire sur presque toute lannée. Tous
les ouvrages présentés à lAcadémie
ou signalés par lun des confrères font lobjet
dun rapport, sont examinés par une commission ; la
Compagnie se prononce en dernier lieu sur les propositions, quelle
ratifie ou modifie éventuellement. En certains cas la décision
finale est issue dun vote à bulletins secrets. De bout
en bout, le parcours est collégial jusquà la présentation
solennelle, en ce jour, de la liste des distinctions dont lhonneur
mest échu de donner lecture.
Après lattribution
des prix dans les conditions que je viens de préciser, le moment
est en effet venu de leur distribution avec la proclamation solennelle
des lauréats. Cette année, lAcadémie aura décerné
73 distinctions pour 1 210 000 francs.
La liste des Prix sarticule
en deux volets : les Grands Prix institués par lAcadémie,
et ceux établis par des fondations particulières.

e
Grand Prix de la Francophonie, institué en 1986, de tous
le plus prestigieux et le plus richement doté, a été
décerné à M. François Cheng, Professeur
émérite à lInstitut national des Civilisations
et Langues orientales. Lobjet de ce prix est de « couronner
une personne qui, dans son pays ou dans le monde, a contribué
de façon éminente par son uvre, ses travaux, son
action au maintien et à lillustration de la langue française. »
Cest la première fois quil est attribué à
un Chinois. Né en 1929, dune famille de lettrés,
après avoir entrepris des études universitaires à
Nankin, M. Cheng part pour la France à vingt ans. Quand
il arrive à Paris, il ny connaît personne et ne sait
pas un mot de français. De surcroît la prise de pouvoir
de Mao, quelques mois plus tard, fait du boursier un exilé. Coupé
de la Chine, perdu dans le Paris des années cinquante, doublement
déraciné, selon les termes de notre confrère Pierre-Jean
Rémy, François Cheng connaît la double épreuve
individuelle de lexil et collective dun destin national
bouleversé. Dans une solitude extrême, en dépit
dune constitution fragile, débardeur aux Halles ou à
la plonge dans des restaurants, François Cheng entame cette tribulation
dun Chinois en France. En même temps il suit des cours à
la Sorbonne et à lÉcole pratique des Hautes Études.
Chercheur au Centre de recherches linguistiques sur lAsie orientale
à lÉcole des Hautes Études en sciences sociales,
il obtient le doctorat ès lettres et accédera à
une chaire à lInstitut national des Langues et Civilisations
orientales. Il mène de front la traduction de poètes français :
Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire, Breton et Eluard, Saint-John
Perse, Char et Michaux, et des travaux de calligraphie et de philosophie
de lart qui entretiennent sa relation avec la Chine.
Son uvre est laboutissement
dun double itinéraire intérieur : assumer son
passé et sa culture dorigine, et sinitier à
la culture occidentale à travers lexpérience de
lexil. « Si jai réussi quelque chose,
confia-t-il un jour, cest une sorte de symbiose. Je ne vis plus
dans le déchirement, même si jai payé le prix
fort de cette rupture dans ma vie. Jéprouve presque de
la reconnaissance, comme si je renaissais à quelque chose,
à une double culture. Cest la France qui ma donné
ce regard distancié, cette capacité danalyse et
cette possibilité de synthèse. Dans cette transformation,
je nai pas le sentiment davoir perdu mon âme, mais
au contraire davoir conservé la meilleure part des deux
cultures. » Plusieurs recueils lont imposé comme un
des meilleurs poètes de son temps : Trente-six poèmes
damour, De larbre et du rocher, Cantos toscans. Il est
venu plus tard à la fiction, Le Dit de Tianyi évoque,
tant lamour de la poésie est présent chez lui, les
longs poèmes épiques de la tradition asiatique. Personne
on en conviendra, nétait plus qualifié pour ce Grand
Prix de la Francophonie.
LAcadémie
a attribué pour lensemble de ses travaux la Grande Médaille
de la Francophonie à M. le Professeur François
Ricard qui, après des études au Québec et en France,
enseigne la littérature française et québécoise
à lUniversité Mac Gill de Montréal. Il a
été Professeur invité des Universités de
Strasbourg et Bordeaux. Il a collaboré à lHistoire
du Québec contemporain, consacré plusieurs études
à luvre de la romancière Gabrielle Roy. On
lui doit un ouvrage : La Génération lyrique, essai
sur la vie et luvre des premiers-nés du baby-boom
qui a ouvert un débat sur la responsabilité sociale de
cette génération dans la genèse du monde actuel.
Il a dirigé la revue Liberté. Cette médaille
reconnaît plus particulièrement la part quil a prise
au maintien de notre langue dans cette grande Université anglophone.
En attribuant à
M. Milan Kundera le Grand Prix de Littérature qui
distinguait un lauréat chaque année entre 1961 et 1979,
et qui est depuis attribué tous les deux ans par alternance avec
le Grand Prix Paul Morand, lAcadémie a entendu honorer
un des plus grands auteurs contemporains et souhaité témoigner
sa gratitude à un écrivain qui a fait hommage de son uvre
à notre langue. Cest dans la Tchécoslovaquie des
années 1960, que Milan Kundera a écrit en tchèque
ses premiers livres qui ont été publiés à
létranger avant quils puissent paraître dans
son propre pays. Des romans comme La Plaisanterie, La vie est
ailleurs, Le Livre du rire et de loubli ont connu demblée
un succès mondial. Pour avoir parfaitement saisi et décrit
le mélange dabsurdité et de monstruosité
qui caractérise le régime communiste, Milan Kundera connaît,
après lécrasement du printemps de Prague, les rigueurs
de la censure. Contraint à lexil, il se fixe en France
en 1975. En même temps quil sattache à réviser
les traductions françaises de ses uvres pour leur donner,
selon ses propres mots, « la même valeur dauthenticité
que le texte tchèque », il rédige directement
en français deux admirables essais, Lart du roman,
une réflexion sur le roman et la pensée occidentale, et
Les Testaments trahis, qui comporte en particulier des hommages
à Rabelais et à Kafka. Cest également en
français que, revenu à la fiction, il écrit deux
brefs romans, La Lenteur et LIdentité où
se déploie son talent de moraliste. Milan Kundera, écrit
Michel Déon, « est à limage de ces nombreux
écrivains étrangers qui ont choisi le français
pour dire ce quils avaient sur le cur et dans la mémoire,
et témoigner que limagination et lintelligence trouvent
encore en notre pays un espace de liberté sans lequel il ny
a pas de civilisation ». Il est le témoin lucide des
inquiétudes et des incertitudes de notre temps : ni procureur,
ni complice. Un homme libre que nous sommes heureux de saluer avec
le Grand Prix de Littérature.
Cest à M. Léon
de Rosen pour ses souvenirs, publiés sous le titre Une Captivité
singulière. À Metz, sous lOccupation allemande,
que lAcadémie a décerné le Prix Jacques
de Fouchier. Ce prix créé en 1998, est destiné
à un « ouvrage remarquable par son sujet, sa composition,
et dont lauteur ne doit pas appartenir aux professions littéraires ».
Ces conditions dattribution sont remplies : lauteur
nest pas un écrivain professionnel. « Je suis,
dit-il, né le 16 novembre 1912 à Stockholm où
mon père, le baron de Rosen, était conseiller à
lambassade de Russie. » Un père russe, une mère
italienne, voilà pour les ascendants, qui se réfugièrent
en France après le coup dÉtat bolchevique. Élève
au lycée Henri IV, il doit, faute
de ressources, arrêter ses études. Il est embauché
comme ouvrier dans une usine de la société Simca
dont il gravira les échelons jusquà devenir directeur
général adjoint. Il quittera cette entreprise pour Massey-Ferguson-France
dont il sera le président-directeur général. Lhistoire
quil conte est singulière et le récit quil
en fait remarquable. En septembre 1939, comme apatride, nétant
pas mobilisable, il sengage comme volontaire étranger.
Il obtient la nationalité française en mai 1940 au moment
même où son unité, le 21e régiment
de marche étranger, pénètre en Belgique :
sa formation résiste aux tentatives répétées
de lennemi de franchir le canal des Ardennes. Le 11 juin,
cest la retraite : il est fait prisonnier. Par chance, il
est interné dans un camp situé en Lorraine annexée.
Cest là quéclate loriginalité
du livre. Toute la région, demeurée française de
cur, adopte ces prisonniers. Doù une situation souvent
paradoxale qu 'il conte avec humour. Je cite notre confrère Alain
Decaux : « Les gardiens allemands, condamnés
à un régime plutôt spartiate, considèrent
bientôt avec amertume et envie les paniers de rosbifs, de gigots,
de volailles bardées de lard, de tartes et aussi de bouteilles
de Riesling et de flacons de kirsch qui vont faire de ces vaincus des
suralimentés. Indulgents, les prisonniers en remettent une part
à leurs gardiens qui en contrepartie accordent des autorisations
de sortie et quand un prisonnier va déjeuner en ville, il invite
son gardien. Cette population lorraine, dotée malgré elle
dune carte didentité allemande, affiche ainsi manifestement
en choyant ces soldats sa fidélité à la France. »
Léon de Rosen sévadera assez facilement. Le récit,
qui a été rédigé sur le moment, au jour
le jour, fourmille de détails sur la vie quotidienne. Cest
à ce titre un précieux document qui atteste un réel
talent décrivain.
Le Grand Prix de Littérature
Henri Gal est un prix de lInstitut, nouvellement créé,
décerné sur proposition de lAcadémie française
et qui est certainement appelé à tenir une grande place
dans la vie de notre Compagnie. Il porte le nom de son mécène,
Henri Gal, écrivain lui-même et bibliophile, qui a laissé
un legs important pour récompenser une uvre littéraire
de haute qualité. La Commission du Grand Prix du Roman a proposé
à la Compagnie que ce prix soit attribué à M. Simon
Leys à loccasion de la publication de son livre Protée
et autres essais, et pour lensemble de son uvre. Simon
Leys qui est né à Bruxelles en 1935, sinologue et historien
de lart, a dabord été connu dans notre pays
en 1971 par le livre intitulé Les habits neufs du Président
Mao, un des premiers à faire justice des images convenues
sur le régime communiste chinois et la révolution culturelle.
Simon Leys est en effet un de ces esprits libres, qui ne craignent pas
de bousculer les idées reçues de lOccident sur lExtrême-Orient.
Il est lauteur de plusieurs études pénétrantes
sur la Chine, son art, sa littérature, sa pensée. Il est
aussi le parfait traducteur duvres de nombreux écrivains
et philosophes chinois que, sans lui, nous naurions peut-être
jamais abordés, tel les Propos sur la peinture du Moine Citrouille-Amère
ou les Six récits au fil inconstant des jours de Shen fu.
Ce Grand Prix honore une uvre originale et un esprit courageux.
Le Grand Prix du Roman
que lAcadémie attribue chaque année depuis 1918
à celui quelle juge être le meilleur de lannée
est allé à M. Éric Neuhoff pour Un bien
fou. Tour à tour collaborateur dun magazine féminin,
critique de cinéma, critique littéraire, Éric Neuhoff
a pratiqué toujours avec le même bonheur des genres aussi
divers que lessai et le roman, la chronique et la critique littéraire.
Le sujet de son dernier ouvrage est à la fois grave et léger :
cest lhistoire dune double trahison où le cynique
se trouve pris au piège de la sincérité, « récit
cruel, nous dit M. Michel Déon, dune initiation à
grande vitesse et méditation sur les aveuglements de lamour.
Mais Éric Neuhoff a conjuré ce tragique en linscrivant
dans notre temps : sa musique, ses films, ses livres clés,
ses libertés liberticides, ses sanglots refoulés, ses
voyages éclair, son imagerie désordonnée ».
Substituant le style du bloc-notes à celui de lintrospection,
Éric Neuhoff confirme les espérances de ses brillants
débuts.
LAcadémie a attribué
son Grand Prix de Poésie, créé en 1957,
à M. Guy Goffette pour lensemble de son uvre. Né
en Lorraine en 1947, ayant longtemps enseigné dans les Ardennes
belges, Guy Goffette a imposé au fil des ans avec une quinzaine
douvrages, une uvre poétique dune grande délicatesse
et dune profonde humanité, dont M. Michel Déon dit
quelle se situe « dans la lignée des poètes
et des essayistes à la fois délicats et voluptueux. Essayiste,
il est lami de Verlaine et de Bonnard, poète, il est lhéritier
dun Max Jacob ou dun Claude Roy. Son dernier recueil, Un manteau
de fortune, rassemble les plus précieux de ses poèmes,
sensuels, rêveurs mais aussi dun humour qui aurait été
cher à Toulet ou à Tristan Derème ».
Le Grand Prix de Philosophie,
institué en 1987, couronne cette année lensemble
de luvre du Professeur Pierre Magnard, qui occupa jusquà
une date récente la chaire de métaphysique à la
Sorbonne. Spécialiste de la Renaissance, il sest attaché
dans son enseignement à faire revivre les grands idéaux
qui naquirent, au printemps de lEurope, dune redécouverte
de lAntiquité classique et dun commerce intellectuel
et spirituel entre les nations. Louvrage quil vient de publier,
Questions à lhumanisme, éclaire rétrospectivement
tous ses travaux antérieurs. « Il est bon de lire
ce livre, observe notre confrère Michel Serres, à lheure
où la bioéthique pose tant de questions sur ce qui est
humain. » Car il traite de la constitution progressive de
la question : « Quest-ce que lhomme ? »,
à partir du Moyen Âge et de la Renaissance, dAlbert
le Grand jusquà la Pléiade et à Montaigne.
Sur ces périodes et sur leurs philosophes, lérudition
de Pierre Magnard est sans défaut. Mais son mérite principal
est de poursuivre la recherche au-delà de ces références
historiques et de discuter des avatars de lhumanisme, aussi bien
de lâge des Lumières, des Encyclopédistes
jusquà Emmanuel Kant, que dans les temps contemporains.
Il aborde alors, avec la profondeur que permet la maîtrise de
cet héritage, les si graves questions qui nous préoccupent
aujourdhui. Il se demande si le mot « humanisme »
na pas perdu toute actualité pour ne plus traduire quune
simple nostalgie. Leffort pour restaurer lhumanisme ne témoignerait-il
pas plutôt de la disparition de valeurs nées il y a quatre
siècles que de leur récurrence ? Lâge
postmoderne de lindividualisme absolu mérite, à
bon droit selon lui, lappellation dère du vide. « Lhumanisme
véritable, conclut Pierre Magnard, doit se comprendre comme lexigence
imprescriptible de rencontre de lautre dans son absolue singularité.
Reconnaître lhomme dans lhomme, suppose que lon
sache voir en lui, fût-il le dernier de lespèce,
un être irremplaçable. » Écrit avec beaucoup
délégance, dexpertise sage et de clarté,
averti de tous les développements récents, ce livre prend
rang parmi les meilleurs et lensemble de luvre de
son auteur méritait bien dêtre couronné par
le grand prix de Philosophie.
En attribuant à
M. Régis Debray, qui enseigne la philosophie à lUniversité
Jean Moulin de Lyon, le Grand Prix Moron de Philosophie créé
lui aussi en 1987, pour son Introduction à la médiologie
et pour les Cours de médiologie, lAcadémie
honore le fondateur dune discipline nouvelle. Que recouvre donc
ce néologisme ? Précisons pour prévenir toute
équivoque que la médiologie a peu à voir avec la
sociologie des médias et quelle se distingue radicalement
des sciences de linformation et de la communication. Le médiologue
ne prétend pas faire la synthèse des différentes
approches du phénomène de la communication. Pour autant,
il nen prête pas moins dintérêt aux données
techniques telles que les matérialités du livre et de
limprimerie. De même il insiste sur limportance des
institutions, Églises, partis, collèges, académies,
qui sont autant de relais de la continuité historique propre
à lespèce humaine. Lentreprise du médiologue
est proprement philosophique. Sous leffet dune égalisation
croissante des peuples et dun accroissement prodigieux des moyens
de communication, notre temps cède de plus en plus à livresse
de la communication. Régis Debray observe que « le
partage du passé commun devient de plus en plus malaisé,
au fur et à mesure que la mise en commun de linformation
se trouve facilitée ». Lhomme moderne
est
écartelé entre une intériorité incommunicable,
sans raison et sans norme, et une extériorité de part
en part rationalisée, normalisée, dont la communication
est devenue paradoxalement le principal phénomène. Dès
lors il ne sagit plus de déplorer, dexorciser ou
dédifier. La responsabilité du philosophe consiste
donc à comprendre la logique du devenir technologique pour en
prévenir les effets. Dans son rapport, notre confrère
Pierre-Jean Rémy salue cet appel à une éthique
de la médiation, destinée à parer à un double
danger : « loubli ou le mépris des contraintes
techniques dune part, la superstition des nouvelles technologies
de lautre ».
Le premier Grand Prix
Gobert dHistoire, qui tire une partie de son prestige de son
ancienneté, puisquil a été institué
en 1834, pour récompenser le morceau le plus éloquent
dhistoire de France ou celui dont le mérite sen approchera
le plus, est attribué à M. Pierre Pierrard, Professeur
émérite à lInstitut catholique de Paris,
pour lensemble de son uvre qui simpose par son importance
comme par sa diversité. Très attaché à
sa région du Nord, Pierre Pierrard en a fait ressortir les richesses
cachées et en a éclairé lhistoire. Toute
une partie de son uvre est consacrée à lhistoire
du monde du travail et du mouvement ouvrier quil évoque
avec une sensibilité généreuse et une écriture
chaleureuse. Il sest intéressé à la chanson
populaire. Cest surtout à lhistoire religieuse quil
a apporté une contribution décisive : il sest
particulièrement attaché à létude
des tensions entre le christianisme et la classe ouvrière ainsi
quentre lÉglise et les autres familles spirituelles,
traitant aussi bien de lhistoire des curés de campagne
que des rapports entre les catholiques et les juifs au temps de laffaire
Dreyfus. Cest à un historien complet servi par un réel
talent décrivain que le grand prix Gobert rend un hommage
pleinement mérité.
Un second Prix Gobert
est attribué à M. Venceslas Kruta, directeur dÉtudes à lÉcole
pratique des Hautes Études, pour
son ouvrage Les Celtes, histoire et dictionnaire, uvre
dérudition monumentale, composée par un savant de
premier ordre, et qui sinscrit dans la tradition des grands ouvrages
de référence scientifique.
Louvrage auquel
est attribué cette année le Prix de la Biographie littéraire
sintitule Claude Fabre de Vaugelas. mousquetaire des lettres
françaises : il est consacré au premier titulaire
du 32e fauteuil de notre Compagnie, qui connut une
grande célébrité de son vivant et dont le souvenir
se perpétue, il faut bien lavouer, grâce à
Molière. En retraçant la vie de lauteur des Remarques
sur la langue française, défenseur acharné
du beau français, M. André Combaz, de lAcadémie
de Savoie, fait revivre une destinée singulière et passionnante.
Il évoque sa jeunesse savoyarde, les relations privilégiées
de sa famille avec saint François de Sales. Louvrage allie
un récit dune grande vivacité et un appareil scientifique
des plus rigoureux, riche en informations souvent inédites.
Le Prix de la Biographie
historique a été partagé entre M. Guy
Chaussinand-Nogaret pour son livre sur le cardinal Dubois et M. André
Guillaume pour son Lawrence dArabie. Directeur dÉtudes
à lÉcole des Hautes Études en sciences sociales,
spécialiste reconnu du XVIIIe siècle,
Guy Chaussinand-Nogaret sest attaché à faire justice
de la réputation faite au cardinal Dubois, dont il explique comment
elle a pu se former : « Les vanités que les succès
de Dubois avaient blessées, lincompréhension quune
intelligence politique exceptionnelle avait suscitée dans les
esprits étroits ou rétrogrades, une faveur soutenue de
la part du Régent, ce fut assez pour que les songe-creux, les
envieux et les cyniques esquissassent un portrait diabolique du conseiller
le plus fidèle, du diplomate le plus lucide, du ministre le plus
éclairé, qui répara les torts faits à la
France dans les dernières années dun règne
sans grâce que la Providence avait abandonné. »
Pour autant lauteur nabsout pas entièrement son modèle,
mais ses défauts majeurs sont dit-il ceux dune grande partie
de la société qui entoure le Régent : il y
ajouta il est vrai une « grande brutalité de manières
dailleurs calculée ». La biographie rend justice
à cet homme méconnu « européen
des Lumières naissantes, précurseur dont les intentions
et la lucidité échappaient aux nostalgiques attachés
aux folies belliqueuses et inopportunes du règne de Louis XIV
et de ses obsessions orthodoxes ». M. Alain Decaux déclare
quon referme ce livre comblé par un portrait que lon
oubliera difficilement.
M. André Guillaume
est un spécialiste de la littérature anglaise et de la
civilisation britannique. Sa traduction des Sept Piliers de la Sagesse
fait référence. Grand connaisseur de luvre
de T. E. Lawrence, il a intégré les apports des travaux
les plus récents sur son personnage qui introduisent la dimension
psychanalytique. Lauteur, nous dit Mme Hélène
Carrère dEncausse, notre Secrétaire perpétuel,
est de surcroît un excellent conteur, au style vif, clair et élégant :
en témoigne le long chapitre sur la guerre au Proche-Orient et
la révolte arabe. Ce livre familiarise le lecteur avec un épisode
essentiel de lhistoire contemporaine, et fait revivre un personnage
qui navait plus eu depuis vingt ans de biographe français
Le Prix de la Critique,
dont la création remonte à 1971, est décerné
à Mme Laure Murat pour son livre La maison
du Docteur Blanche, histoire dun asile et de ses pensionnaires.
« Ce nest pas la première fois, observe notre
confrère Marc Fumaroli, que lhistoire littéraire
sallie à lhistoire psychiatrique. Le nom de Jean
Delay, notre regretté confrère, suffirait à attester
la complicité entre ces deux disciplines. Dans le livre de Mme Murat
le sujet nest pas un seul écrivain, serait-il aussi grand
que Gide, dans ses rapports avec le psychiatre, mais plusieurs générations
décrivains du XIXe siècle,
de Nerval à Maupassant, dont les rapports avec une véritable
dynastie de médecins de lâme sont retracés
pour la première fois. Laure Murat sest livrée à
une patiente et méticuleuse recherche darchives, et sur
cette base documentaire, inédite et solide, elle a reconstitué
avec autant de subtilité et de tact que de précision,
la face dombre du romantisme et du naturalisme, ce mal du siècle
créateur mais qui pouvait aussi tourner à la névrose,
à la psychose, à limpuissance intermittente ou permanente
décrire. Tous ces malades, dont quelques-uns furent des
génies, firent des séjours dans la célèbre
clinique, devenue une sorte de salon littéraire à lenvers,
où officièrent tour à tour Esprit Blanche et Émile
le fils, selon une méthode artisanale, qui ne réussit
ni mieux ni plus mal que dautres, plus savantes, apparues depuis.
Laure Murat a écrit lun des chapitres les plus singuliers
et les moins connus de notre histoire littéraire, celui qui regarde
du côté de cette souffrance et de ces maladies mentales dont
se paye souvent lénergie créatrice moderne. »
Le Prix de lEssai,
pareillement créé en 1971, revient cette année
à Mme Belinda Cannone pour Lécriture
du désir. « Belinda Cannone sest penchée
sur la naissance de la pulsion qui précède lécriture
de la fiction et souvre au monde, à une figure du monde,
explique notre confrère Michel Déon. Cachée dans
les limbes, cette pulsion surgit et senrichit de lacquis
dune civilisation et
dune hérédité, fragile alliage dun énigmatique
appel et dun héritage. À la fois inventeur, instrumentiste
et messager, le roman est lintercesseur entre le monde inconnu ou
encore informe et le lecteur innocent. Le langage est sa musique
intérieure,
audible de lui seul, traduite tantôt avec une calme sérénité,
tantôt avec fièvre. Remarquable par sa clarté, dit
encore Michel Déon, lélégance de son propos
mais aussi par la volupté caressante de son style, lessai
de Belinda Cannone répond dans le domaine du romanesque au lancinant
pourquoi des origines, à la réalité présente
et à
lincertitude future. Il ny a pas duvre dit Belinda
Cannone, sans foi dans la toute-puissance de la création, sans lingénu
espoir dune survie dans le cur et lesprit des hommes. »
Cest à M. François
Bott quest décerné le Prix de la Nouvelle,
qui date lui-aussi de 1971, pour son recueil de souvenirs Une minute
dabsence. M. François Bott, romancier, est aussi
un essayiste et un mémorialiste. Une minute dabsence
est dune grande originalité : les récits les
plus imaginaires offrent toutes les apparences de la réalité
dun fait divers et les récits vécus paraissent relever
de limaginaire. Mais le vrai bonheur de ce recueil, dit M. Michel
Déon, est lécriture : tout est dit avec une
sorte de sérénité parfois douloureuse et un détachement,
un fatalisme même, tout à fait prenant. Ce livre relève
à la fois de lélégie et du pastiche.
Le Prix du Cardinal
Grente destiné à récompenser lensemble
de luvre dun membre du clergé catholique français,
séculier ou régulier, est attribué au père
Xavier Tilliette, prêtre de la Compagnie de Jésus, professeur
émérite de la faculté de philosophie de lInstitut
catholique de Paris et de lUniversité pontificale grégorienne.
Le père Tilliette a consacré une grande partie de ses travaux
à lidéalisme allemand, à Schelling en particulier,
dont il sest fait le savant biographe. Son dernier ouvrage Les
Philosophes lisent la Bible, qui fait suite au Christ de la philosophie
et à La semaine sainte des philosophes, publiés
il y a quelques années, livre les raisons de ce choix :
létude de cette période permet de saisir de façon
exemplaire la constitution dun jeu doppositions entre philosophie
et théologie, savoir et foi, raison et révélation,
science et religion, qui régit lépoque moderne.
Le père Tilliette se propose de montrer comment, par larticulation
de la Bible, parole et événement, avec la philosophie
on accède non seulement à une meilleure intelligence de
lÉcriture mais sopère aussi une transformation
de la philosophie elle-même, au point que celle-ci aujourdhui
nhésite pas à confondre ses voies avec celles de
lherméneutique.
Entre religion et philosophie,
la méditation érudite du père Tilliette ninvite
pas à choisir lun des deux termes au détriment de lautre,
ni à favoriser un compromis aussi périlleux que précaire :
sil nest guère loisible de lire la Bible pour paraphraser
Kant,
« dans les limites de la simple raison », il nest
pas davantage nécessaire dabdiquer toute rationalité
face aux textes sacrés. Lécriture nest pas en effet
lultime instance qui juge et condamne toute philosophie. Loriginalité
de Schelling consiste au contraire à risquer la philosophie à
la lumière de la Révélation. De cette entreprise
le père Tilliette retire que la philosophie ne saurait appréhender
le Dieu vivant comme le principe dun raisonnement ni comme le
terme dune démonstration. Le Dieu du Sinaï ne supprime
pas le Dieu des philosophes, il lui donne vie en le déliant des
liens du discours et en lémancipant des contraintes de la
preuve.
Au titre des Prix
dAcadémie décernés à des ouvrages qui
touchent à sa propre histoire ou aux valeurs auxquelles lAcadémie
est essentiellement attachée, deux médailles de vermeil
ont été décernées. La première couronne
un auteur que nous avons connu avant de pouvoir lidentifier. Les interrogations
nées en 1997 lors de la parution de Morituri de Yasmina
Khadra ont trouvé cette année dans LÉcrivain
une réponse émouvante. Louvrage en effet rétablit
le lien, biographique autant que littéraire, entre Yasmina Khadra,
signataire sans visage, et Mohammed Moulessehoul, auteur apprécié
en France autant que dans le Maghreb, qui a publié de nombreux
ouvrages sous son véritable nom. Le beau roman déducation
quil nous donne aujourdhui évite les pièges de
lintrospection
pour nous ouvrir au mystère rarement dévoilé dune
vocation littéraire et de lapprentissage solitaire du métier
décrivain. Le jeune homme, dont nous est dépeinte de
manière sobre et pudique la douloureuse initiation dans un milieu
indifférent ou hostile, fait lépreuve dune
singularité
quil appréhende sous les espèces de la fatalité.
Lécrivain est bien celui qui, dans la crainte de ne pouvoir
ségaler à ce destin quil nose répudier,
se laisse prendre à son corps défendant et comme au
péril
de lui-même au sortilège des mots, « ces assemblages
de caractères morts qui, entre une majuscule et un point, ressuscitent
dun coup, deviennent foule, deviennent force et esprit ».
La seconde médaille
de vermeil a été attribuée à M. Dominique
de Villepin pour son livre Les Cent Jours ou lesprit de sacrifice.
Dans cet ouvrage qui est dun véritable historien et a connu
demblée un succès public, lauteur retrace
jour par jour, avec talent, du débarquement au golfe Juan à
lembarquement pour Sainte-Hélène, les péripéties
dun des plus extraordinaires épisodes de notre histoire
nationale. Avec lui, on observe les retournements de situation. Le sous-titre,
« lesprit de sacrifice », qui ne laisse
pas dinterroger le lecteur, oriente sa réflexion peut-être
moins en direction du pouvoir et de son exercice que du rôle de
la contingence dans lhistoire générale.
Le Prix du Théâtre,
fondé en 1980, est attribué cette année à
M. Éric-Emmanuel Schmitt pour lensemble de son uvre
dramatique. Le Visiteur, Variations énigmatiques, Hôtel
des deux mondes, autant de titres qui ont brillé en lettres
de feu à la façade des théâtres, autant de
pièces, certaines traduites dans une trentaine de langues, jouées
un peu partout dans le monde. Lauteur dramatique se souvient quil
est philosophe. La préoccupation métaphysique, lampleur
de linspiration, la richesse des thèmes trouvent leur expression
dans lagencement des intrigues, la sûreté des répliques,
la force des caractères. Éric-Emmanuel Schmitt est aussi
romancier et avec un même talent.
Le Prix du Jeune Théâtre,
créé pour récompenser un jeune auteur dramatique
est attribué cette année à M. Fabrice Roger-Lacan,
pour sa première pièce, Cravate Club, qui a été
saluée par la critique. Il a fait un coup de maître et
renouvelé le genre classique difficile du théâtre
à deux personnages. Comment, dans un dialogue où les réparties
font mouche, vont saffronter les amis, et les intimes devenir
étrangers. ? La découverte de lun par lautre
ne peut être quun conflit. Deux merveilleux acteurs servent
un texte où la forme et le fond se rejoignent : humour,
cruauté, finesse, brio. Un exercice de style ? Mieux :
un style, nous dit notre confrère Jean François Deniau.
Le Prix du Cinéma,
fondé par Mme René Clair, atteste que lAcadémie
ne boude aucune forme de création ni dexpression. Il va
cette année à Mme Agnès Jaoui et
à M. Jean-Pierre Bacri. Leurs noms sont inséparables :
Cuisine et dépendances, Un air de famille, On connaît
la chanson, Le goût des autres, pour ne citer que quelques-uns
de leurs films, composent une suite de portraits de notre époque
à la fois ironiques et tendres, aux personnages si vivants quon
croit les avoir connus soi-même, dans des situations qui sont
celles de notre vie aujourdhui. Un dialogue savoureux dont la
verve, qui peut être grinçante, nexclut pas la drôlerie,
témoigne dun regard pénétrant sur la psychologie
des êtres humains.
La Grande Médaille
de la Chanson française, dont la création remonte
à 1938, est cette année décernée à
M. Michel Sardou. Cest un enfant de la balle : ses deux
parents étaient comédiens. Il a été fidèle
à ce double héritage. Débutant à dix-huit
ans à Bobino, il a eu une carrière éclatante. On
ne compte plus ses tours de chant à lOlympia, ses récitals
au Palais des Congrès et à Bercy. Il compose des chansons
dont il est lui-même linterprète à la scène
et qui sont sur toutes les lèvres. Il suffit de citer des titres
pour que les paroles et les airs viennent à nos mémoires :
La maladie damour, Un enfant, Les bals populaires, Jhabite
en France, Cest pour quand le beau temps, Mourir de plaisir, Une
fille aux yeux clairs. Cest lauteur et son grand talent
que lAcadémie française a tenu à reconnaître.

u
titre du Prix du rayonnement de la Langue et de la Littérature
françaises destiné à des personnalités
ayant rendu à la langue et aux lettres des services signalés,
lAcadémie a décerné deux médailles
de vermeil.
Lune est attribuée
à Mme Amalia Lacroze de Fortabat pour son action
généreuse en faveur de la culture française en
Argentine, et en particulier la part quelle a prise au développement
de lAlliance française à Buenos Aires. Toute son
action est inspirée par un sentiment aigu de la qualité :
elle sefforce avec passion de trouver la solution des problèmes
de tout un pays et de maintenir coûte que coûte une présence
française qui fut une composante de la culture argentine.
Lautre médaille
de vermeil est attribuée au Professeur Roland Mortier, membre
associé étranger de lAcadémie des sciences
morales et politiques, et membre de lAcadémie royale de
Langue et de Littérature françaises de Belgique, Professeur
émérite de lUniversité libre de Bruxelles
et qui a enseigné en nombre dUniversités étrangères.
Notre Compagnie a voulu honorer un savant, linguiste, philosophe autant
quhistorien, dont les études comptent parmi les plus pénétrantes
consacrées à lesprit des Lumières. Roland
Mortier ne sest pas seulement attaché à suivre litinéraire
intellectuel de Voltaire, Rousseau et surtout Diderot, ni à rendre
compte de leurs pérégrinations à travers lEurope
savante, il a aussi tiré de loubli plusieurs écrivains
obscurs ou dédaignés et exhumé les uvres
de la littérature populaire qui renouvelle singulièrement
notre vision du XVIIIe siècle.
Sil tente des rapprochements inattendus, avance des hypothèses
audacieuses, il nen affirme pas moins luniversalité
des principes et des valeurs sur lesquels elles reposent et qui tiennent
à une conception nouvelle de lhomme, de son destin et de
son histoire. Il rappelle aussi que, si « jamais peut-être
lEurope ne prit une conscience plus aiguë et plus exquise
de son unité culturelle quau XVIIIe siècle,
cest quen ce siècle elle sest sentie et crue
française. »
Après la proclamation,
lacclamation. Jinvite les lauréats dont les noms viennent dêtre
énoncés à se lever. Nos applaudissements ratifieront
les choix de lAcadémie et leur témoigneront notre estime.

ette
énumération népuise pas la liste de ceux
que lAcadémie honore. Nous proclamons maintenant les prix
institués par des Fondations et qui apparaissent sous le nom
quont voulu pour eux les auteurs des libéralités.
Une médaille dargent
du Prix Heredia, destiné « à des auteurs
de recueils de prosodie classique », a été
attribuée à M. Tristan Buridant, pour LOr
des songes.
Une médaille dargent
du Prix François Coppée, destiné à
récompenser « lauteur dun recueil de poésie »,
couronne cette année M. Athanase Vantchev de Thracy, pour
ses deux derniers ouvrages, Dantiques voix suaves et Soudain
un séraphique frisson.
Deux médailles
dargent du Prix Paul Verlaine, destiné lui aussi
à « des auteurs dun recueil de poésie »,
ont été attribuées lune à M. Philippe
de Chaunac-Lanzac, pour Gravé dans léphémère,
et lautre à M. Philippe Veyrunes, pour Les Voleurs
darcs-en-ciel. LAcadémie avait déjà
distingué plusieurs fois M. de Chaunac-Lanzac pour des recueils
précédents.
Le Prix Henri Mondor
a été fondé pour récompenser « un
poète français de veine mallarméenne ».
Il a été attribué cette année à M. Jean-Pierre
Lassalle, pour ses Poèmes presque.
Le Prix Maïse
Ploquin-Caunan, destiné « à lauteur
dun recueil de poésie, en vers classiques ou libres, dexpression
romantique », a été décerné cette
année
à M. Claude Luezior, pour son recueil intitulé Fragile.
Le rapport de Jacques de Bourbon Busset est le dernier texte que nous
ayons de la main de notre regretté confrère. Il dit de
lauteur que ses poèmes sont à la fois très humains
et foisonnants dimages.

autres
Fondations nous permettent dattribuer, chaque année treize
prix a des ouvrages de littérature et de philosophie
Une médaille dargent
du Prix Montyon, destiné « aux auteurs douvrages
les plus utiles aux murs, et recommandables par un caractère
délévation et dutilité morales »
est allée à Mme Alberte van Herwynen,
pour LArpenteur des Lumières.
Deux médailles,
lune dargent, lautre de bronze, du Prix La Bruyère,
fondé « pour couronner des ouvrages de philosophie
morale », sont allées, la première à
M. Tzvetan Todorov, pour Mémoire du mal, Tentation du
bien, et la seconde à M. Georges Balandier, pour Le
Grand Système.
Une médaille de
bronze du Prix Émile Augier revient à M. Pierre
Barillet, pour Quatre années sans relâche.
Une médaille dargent
du Prix Émile Faguet, destiné à récompenser
« un ouvrage de critique littéraire »,
va cette année à Mme Stéphanie
Champeau, pour La Notion dartiste chez les Goncourt.
Le Prix Louis Barthou,
est un prix de « littérature générale ».
Il est décerné à M. le Professeur Jean-Louis
Michaux, pour Le cas Beethoven, Le génie et le malade.
M. Philippe Frey,
pour Le Chevalier Songhaï : médaille dargent.
Le Prix Anna de Noailles
est destiné à « une femme de lettres ».
Une médaille dargent est allée cette année
à Mme Maryline Desbiolles, pour Le Petit Col
des loups.
Deux médailles,
du Prix François Mauriac, destiné à récompenser
« de jeunes écrivains », sont allées,
lune dargent, à M. Louis Védrines, pour
Le Mezzetin, lautre de bronze, à M. Olivier
Bleys, pour Pastel.
Le Prix Roland de
Jouvenel a été fondé « dans lintérêt
des lettres ». Il est décerné à M. Michel
Winock, pour Les Voix de la liberté.
Le Prix Biguet
récompense « un ouvrage de philosophie ou de sociologie ».
Il couronne celui de M. Didier Masseau, pour Les ennemis des
philosophes. Lantiphilosophie au temps des Lumières.
Le prestigieux Prix
Ève Delacroix récompense lauteur dun ouvrage
« alliant des qualités morales à des qualités
littéraires ». Il est décerné cette
année à M. Marcel Schneider, pour Les Gardiens
du secret.
Le Prix Pierre Benoit
est destiné à lauteur dun travail sur « la
vie ou luvre de Pierre Benoit ». Il honore cette
année lAssociation des Amis de Pierre Benoit, pour la publication
des Cahiers des Amis de Pierre Benoit.
Le Prix Jacques Lacroix,
destiné à lauteur dun « ouvrage
sur la vie des animaux » récompense cette année
M. Pierre Déom, créateur et rédacteur de La
Hulotte.
Le Prix Raymond de
Boyer de Sainte-Suzanne a été créé pour
distinguer un « ouvrage de philosophie ou de pensée
religieuse contemporaine ». Il a été décerné
à Mme Chantal Delsol, pour son Éloge
de la singularité. Essai sur la modernité tardive.

lusieurs
autres Fondations dûes à de généreux donateurs
nous permettent de décerner aussi des Prix dhistoire et
de sociologie.
Le Prix Guizot,
créé pour récompenser un ouvrage « dhistoire
générale », va à M. Francis Rapp,
pour Le Saint Empire romain germanique ; dOthon le Grand
à Charles Quint, et une médaille dargent est
attribuée à M. François Crouzet, pour sa belle
synthèse sur lHistoire de léconomie européenne.
Le Prix Thiers
est attribué cette année à M. Pierre et Mme Solange
Déyon, pour leur livre sur Henri de Roban, Huguenot de plume
et dépée, attachante figure
Le Prix Eugène
Colas est destiné lui aussi à couronner un ouvrage
dhistoire. Il va cette année à Mme Nira
Pancer, pour Sans peur et sans vergogne. De lhonneur
et des femmes aux premiers temps mérovingiens, et une médaille
dargent est attribuée à M. Guy Hermet, pour
Les Populismes dans le monde. Une histoire sociologique des XIXe-XXe siècles.
Le Prix Eugène
Carrière est destiné à des auteurs « douvrage
dhistoire de lart ». Il est attribué à
M. le Professeur Jacques Thuillier, pour son étude consacrée
à Jacques de Bellange. Une médaille dargent
couronne à la fois M. Philippe Palasi, pour Jeux de cartes
et de loie héraldiques, aux XVIIe
et XVIIIe siècles
et M. Michel Pastoureau, pour Bleu, Histoire dune couleur.
Le Prix Georges Goyau
a été fondé pour « récompenser
un ouvrage dhistoire locale ». Il est décerné
à M. le Professeur Michel Taillefer, pour Vivre à
Toulouse sous lAncien Régime. Une médaille dargent
récompense M. Jacques Messiant, pour Hondeghem, portrait
dun village des Flandres. Une médaille de bronze est
attribuée à Mme Lydie Belmonte, pour De
« la Petite Arménie » au boulevard des
Grands Pins.
Le Prix du Maréchal
Foch a été fondé pour couronner un ouvrage
« intéressant lart et la science militaires ».
Deux médailles dargent sont allées au général
Gilbert Forray, pour Pour quelques arpents de neige et au général
Jean Simon, pour La saga dun Français libre.
Le Prix Louis Castex
distingue « une uvre littéraire qui permettra
de mettre en lumière des souvenirs de voyages ou découvertes
en archéologie ou en ethnologie ». Il couronne cette
année M. le Professeur Alfred Adler, pour Le pouvoir
et linterdit. Royauté et religion en Afrique noire.
Une médaille dargent
au titre du Prix Monseigneur Marcel, destiné à
« un ouvrage consacré à lhistoire philosophique,
littéraire ou artistique de la Renaissance », revient
à M. Jean Bérenger, pour Tolérance ou paix
de religion en Europe centrale (1415-1792).
Le Prix Diane Potier-Boès
récompense « un ouvrage consacré à lhistoire
ou à la civilisation de lÉgypte ou des pays de la
Méditerranée ». Il est attribué cette
année à M. Pierre Vidal-Naquet, pour Le monde
dHomère, et une médaille dargent récompense
M. Édouard Sablier, pour Le prisonnier de Bourganeuf,
Djem Sultan.
Le Prix François
Millepierres distingue « des recherches historiques sur
lAntiquité ou sur lépoque contemporaine ».
Il est attribué à M. Georges-Henri Soutou, pour La
guerre de Cinquante ans. Deux médailles dargent ont
récompensé M. Simon Epstein, pour Les Dreyfusards
sous lOccupation et M. Philippe Valat, pour Les Labyrinthes
de la liberté.

râce
à dautres généreux donateurs, lAcadémie
est aussi en mesure daccorder des Prix de soutien à la
création littéraire. Le Prix Henri de Régnier
a été décerné à M. Jean-Clarence
Lambert, pour son Anthologie de la poésie suédoise.
Les deux autres, le Prix Amic et le Prix Mottart vont
à M. Jean Rolin et à M. Lakis Proguidis. Ce
sont aussi des hommages rendus à luvre déjà
publiée de ces deux auteurs.
Jadmire que de la diversité
des volontés des fondateurs, auxquels nous réitérons
lexpression de notre gratitude, puisse procéder la reconstitution
dun panorama complet de lactivité créatrice. Les lauréats
ont tous bien servi notre langue que lAcadémie a pour mission
dhonorer. Elle leur en dit sa reconnaissance.