l.gif (286 octets)’Académie « un îlot où se conserverait le souci du meilleur de la culture humaine. Sans pouvoir effectif, rien que par son existence et par ce qui se répandrait dans le public des sentiments et des avis de ces quelques hommes établis dans la plénitude de la liberté de l’esprit, ce centre d’observation, de réflexion composée et de prévision exercerait une action indéfinissable, mais constante. Une sorte de conscience éminente veillerait sur la cité... »
« Il ne dépend que de nous de porter insensiblement à cette magistrature idéale l’Académie française... »

Paul Valéry

     a.gif (373 octets)ujourd’hui plus que jamais, l’Académie, regardez-la, intègre toutes les familles spirituelles de la France, tous ses courants philosophiques et politiques, à travers des hommes qui en sont la personnification parmi nous, comme elle réunit toutes les disciplines intellectuelles y compris les plus nouvelles, comme elle rassemble toutes les grandeurs du pays et toutes ses tragédies, présentes en des hommes qui y ont eu part décisive. Elle accueille toutes nos différences et réconcilie bien des antagonismes. Mieux que jamais elle représente la diversité de notre culture en même temps qu’elle incarne la continuité française. Elle sait ce que la France se doit à elle-même.

     Elle choisit ses élus non seulement en fonction de leur gloire, mais en fonction aussi de leur conscience. Elle joue, diffusément, le rôle auquel Valéry l’appelait, par les démarches, les paroles, les écrits de chacun d’entre nous, qui traduisent et propagent souvent les soucis que nous partageons. Il nous manque peut-être de donner parfois plus de retentissement à la formulation collégiale de nos avis. Nous sommes là où nous sommes non pour nous accrocher au passé et caresser des nostalgies, pas plus que pour flatter les utopies et les chimères. Nous sommes là pour définir et rappeler les permanences, et par là être les premiers serviteurs des valeurs suprêmes de notre civilisation. Telle est et demeure notre mission à l’aube du prochain millénaire.

Maurice Druon