Dire, ne pas dire

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Présentiel, Distanciel

Le 2 juillet 2020

Néologismes & anglicismes

Le Centre national d’enseignement à distance (le CNED) a été créé en 1939, il y a donc plus de quatre-vingts ans. Cette assez longue histoire a permis de faire entrer la locution enseignement à distance dans l’usage. Aussi n’est-il sans doute pas nécessaire de remplacer cette forme par l’expression « en distanciel », trop largement répandue en ces temps de fermeture partielle de nombre d’établissements scolaires. Parallèlement à « à distance », on emploiera « en présence », plutôt que l’anglicisme présentiel, calque maladroit et peu satisfaisant de l’anglais presential.

Reminder

Le 2 juillet 2020

Néologismes & anglicismes

Reminder peut se traduire par « mémento » ou par « pour mémoire » dans la locution anglaise as a reminder. Ce nom est dérivé du verbe to remind, « rappeler (quelque chose à quelqu’un) » ou « faire penser (quelqu’un à quelque chose) ». La crainte d’oublier quelque évènement important, une démarche à effectuer et la nécessité de trouver un moyen pour parer à cette crainte ne sont propres ni à nos amis anglais ni aux anglophones. Elle touche aussi, et ce, depuis fort longtemps, les habitants de notre pays qui, outre les termes cités plus haut pour évoquer ce point, ont dans leur langue des mots ou expressions comme « n’oubliez pas », « important », « pense-bête », voire la locution latine passée dans l’usage français nota bene et sa forme abrégée N. B. Aussi peut-on légitimement s’étonner de voir que des organismes municipaux emploient l’anglicisme reminder pour inviter leurs administrés à ne pas oublier un rendez-vous…

Click and collect

Le 11 juin 2020

Néologismes & anglicismes

L’expression anglaise click and collect désigne, nous apprend l’excellent site du ministère de la Culture FranceTerme, le service qui permet à un client de venir, en automobile, retirer les achats qu’il a auparavant faits en ligne. Des formes françaises comme « retrait en magasin », « retrait au volant » ou « service au volant » disent la même chose. Pourquoi ne pas les utiliser ?

Liker

Le 11 juin 2020

Néologismes & anglicismes

L’anglais dispose de deux verbes distincts, to love et to like, rendus en général l’un et l’autre, en français, par « aimer ». Le contexte permet à qui emploie ce verbe de savoir quel serait, de to like ou de to love, celui qui correspondrait le mieux à la situation d’énonciation. Il n’est pas certain que ce soit pour se mettre à l’abri de la grande extension de sens de notre verbe « aimer » que beaucoup utilisent aujourd’hui, quand ils veulent signaler sur la toile qu’ils aiment (ou apprécient, jugent favorablement, sont d’accord avec, etc.) telle ou telle proposition, telle ou telle idée, tel ou tel fait, l’anglicisme liker et son déverbal like. Le verbe « aimer » ou un verbe, une locution verbale synonymes devraient pouvoir remplacer aisément cet anglicisme de mauvais aloi.

Drive

Le 7 mai 2020

Néologismes & anglicismes

Le verbe anglais to drive signifie « conduire (une automobile) ». Il est entré en français récemment comme nom pour désigner un système de vente dans lequel les clients passent une commande à un producteur, un commerçant, avant de se faire remettre, dans leur automobile, cette commande. Le français dispose, pour évoquer ce type de pratique, d’expressions comme « retrait automobile » ou « retrait en magasin », que l’on préfèrera donc à cet anglicisme. Il en ira de même quand drive est suivi d’un adjectif indiquant dans quel type de commerce s’effectue ce retrait. Dans les cas où, par métonymie, drive désigne le lieu où s’effectue le retrait, on peut parler de « point de retrait automobile » ou simplement de « point de retrait ».

Followers

Le 7 mai 2020

Néologismes & anglicismes

Le verbe anglais to follow signifie « suivre ». C’est de lui qu’est tiré le nom follower, qui, en fonction des circonstances, peut avoir les sens de disciple, partisan, admirateur, servant, voire fidèle, et qui se répand largement chez nous. Et pourtant, on le voit, la langue française dispose de noms, mais aussi de locutions susceptibles de rendre les différents sens de follower. Ce dernier s’emploie essentiellement en français pour désigner ceux qui, par quelque moyen électronique, signalent qu’ils adhèrent à la pensée ou aux actions de tel ou tel, la valeur de ces dernières semblant être indexée sur leur nombre de followers. Ainsi, il y a peu, un philosophe, essayant de penser la complexité du monde, se faisait fréquemment interrompre par le « combien avez-vous de followers ? » de la journaliste qui l’interrogeait. Faut-il croire alors que, s’il revenait, le « petit père des peuples » poserait cette question : Le pape, combien de followers ?

Si les termes français évoqués plus haut ne suffisaient pas, peut-être pourrait-on encore ajouter à cette liste, en en revivifiant l’emploi, le nom acolyte, emprunté du grec akolouthos, « suivant, compagnon, serviteur » et, proprement, « celui qui marche sur le même chemin ». C’est dans la hiérarchie catholique le titre situé au-dessus de celui d’exorciste, mais aujourd’hui, il a plutôt le sens que lui donnait Sainte-Beuve quand il écrivait dans Volupté : « Comme j’aurais voulu avoir connu de près les auteurs, les inspirateurs de ces récits ! Comme j’enviais à mon tour d’être le secrétaire et le serviteur des grands hommes ! Ce titre d’acolyte des saints et des illustres me semblait, ainsi que dans l’Église primitive, constituer un ordre sacré. » Acolyte des illustres, tel semble être l’équivalent de notre moderne follower.

Choose France

Le 2 avril 2020

Néologismes & anglicismes

Que nos amis d’outre-Manche ou d’outre-Atlantique décident de faire la promotion de notre pays en écrivant Choose France est plutôt sympathique. Mais si ce slogan vient de France, on peut soupçonner ses auteurs d’une pointe de snobisme et regretter qu’ils semblent oublier que ce qui caractérise la France, c’est entre autres et essentiellement qu’on y parle français.

Cluster

Le 2 avril 2020

Néologismes & anglicismes

L’épidémie de coronavirus a touché notre pays, comme beaucoup d’autres. La presse et le gouvernement s’efforcent de donner toutes les informations utiles en évitant de créer des vagues de panique. Mais à côté du virus, et plus vite que lui, s’est répandu un anglicisme sur l’utilité duquel on peut légitimement s’interroger, le mot cluster. Les dictionnaires bilingues indiquent que ce mot a, entre autres sens (parmi lesquels celui de « bouquet »), ceux d’« amas », d’« agglomérat », de « groupe », auxquels on pourrait adjoindre des synonymes comme « agrégat » ou « foyer ». On recommandera donc vivement l’usage de l’une ou l’autre de ces formes si l’on veut s’adresser à des francophones, plutôt qu’un terme étranger, forcément moins bien compris.

Language

Le 5 mars 2020

Néologismes & anglicismes

Le nom langage est dérivé de langue et c’est pour cette raison qu’il s’est parfois écrit, au Moyen Âge, language, concurremment à langage, plus conforme à la prononciation et qui peu à peu s’est imposé. C’est cependant la forme language qu’au xiiie siècle nos amis anglais nous ont empruntée. Depuis huit siècles, on écrit donc langage chez nous et language de l’autre côté de la Manche. Il convient de ne pas modifier une orthographe validée par un si long espace de temps et l’on évitera, en français, d’écrire language. N’oublions pas que, dans Les Femmes savantes (acte II, scène 7), ce n’est pas Je vis de bonne soupe, et non de beau language que Molière fait dire à Chrysale, (même si ce dernier est peu soucieux de correction grammaticale ou orthographique), mais bien Je vis de bonne soupe et non de beau langage.

On dit, on écrit

On ne dit pas, on n’écrit pas

Maître Renard, par l’odeur alléché / Lui tint à peu près ce langage

Maître Renard, par l’odeur alléché / Lui tint à peu près ce language

Tasker, taskable

Le 5 mars 2020

Néologismes & anglicismes

Nous avons évoqué il y a un peu plus de deux ans la locution task force que d’aucuns voulaient substituer à des formes comme « commission, groupe de travail » ou « force opérationnelle ». Task revient maintenant avec les étranges formes tasker et taskable. La première, un verbe, désigne le fait de charger quelqu’un d’une tâche, d’un travail ; la seconde, un adjectif, qualifie une personne qui n’est pas débordée et à qui l’on peut confier cette tâche, ce travail. Ce type de situation n’est pas nouveau, et le français dispose de mots et de locutions pour en rendre compte, qu’il est préférable d’employer plutôt que ces anglicismes de mauvais aloi.

On dit

On ne dit pas

Il faut confier cette tâche à Untel

Je suis débordé 

Il faut tasker Untel

Je ne suis pas taskable

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