Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Sublimer, sublimateur

Le 7 février 2013

Emplois fautifs

Les mots perdent de leur force s’ils sont mal employés. La publicité recourt volontiers à l’emphase et donne ainsi l’impression de n’avoir pas confiance dans les mots ordinaires, à moins que ce ne soit dans les produits qu’elle vante et qu’elle se croit obligée de parer des plumes du paon. On a accolé à de nombreux adjectifs les préfixes hyper et super, on a recouru à génial quand bon ou bien suffisaient. Aujourd’hui ces termes, jugés dépassés, ont été remplacés par sublime ou ses dérivés. On semble avoir oublié que sublimer signifie d’abord « faire passer de l’état solide à l’état gazeux », et, au figuré, « exalter ». Ne pourrait-on alors craindre que le shampoing sublimateur ne transforme les cheveux en vapeur ou que le sublimateur de teint ne fasse du visage une nuée ?

Candidater

Le 3 janvier 2013

Emplois fautifs

Les noms terminés en -at sont assez fréquents en français. Ils désignent le plus souvent un titre ou une dignité, essentiellement dans les domaines historique, religieux ou administratif : consulat, pontificat, notariat. Ces noms en -at peuvent aussi désigner des personnes : certains appartiennent à la langue populaire ou familière (bougnat, loufiat, malfrat, galapiat), mais ceux, les plus nombreux, qui appartiennent à la langue courante sont des formes empruntées à d’anciens participes passés latins : légat, avocat, castrat, lauréat ou candidat. Candidatus signifie, proprement, « vêtu de blanc », car à Rome les candidats aux élections revêtaient une toge blanche. On évitera donc de faire dériver de ce nom un verbe actif. On n’*avocate pas, on ne *lauréate pas, on se gardera de *candidater. On utilisera des formes comme postuler, être candidat (à), briguer, poser sa candidature.

On dit

On ne dit pas

Postuler un emploi de comptable
 

Être candidat à la députation

Poser sa candidature pour un poste de jardinier

Candidater pour un emploi de comptable


Candidater à la députation

Candidater pour un poste de jardinier

 

Conséquent

Le 3 janvier 2013

Emplois fautifs

Conséquent, comme consécutif, est tiré du latin sequi, « suivre ». Cet adjectif a donc pour sens, lorsqu’il s’applique à une personne, « qui agit avec esprit de suite », et, lorsqu’il s’applique à une chose, « qui est dans la suite logique de ». La locution adjectivale De conséquence signifie « qui aura des suites » et donc « d’importance ». Mais employer Conséquent pour « important, considérable » ou encore « gros » est un barbarisme contre lequel Littré mettait déjà en garde.

 

On dit

On ne dit pas

Un personnage important

Jouir d’une fortune considérable

Un gros homme

Un personnage conséquent

Jouir d’une fortune conséquente

Un homme conséquent

 

En termes de

Le 3 janvier 2013

Emplois fautifs

La locution En termes de signifie « dans le vocabulaire de » : en termes de diplomatie, en termes de sport, en termes de marine, de droit, etc., et on ne doit pas lui donner d’autres significations. En termes de, au sens de « en matière de, quant à, pour ce qui est de, du point de vue de », est un anglicisme à proscrire.

 

On dit

On ne dit pas

En matière d’efficacité

Quant à la consommation

Pour ce qui est du confort

En termes d’efficacité

En termes de consommation

En termes de confort

 

Spécifique

Le 3 janvier 2013

Emplois fautifs

L’adjectif Spécifique signifie, conformément à son étymologie, « qui appartient à une espèce ». Son sens s’est ensuite étendu à des emplois techniques comme Poids spécifique, que l’on employait naguère en physique dans le sens de « densité ». On dira aussi que L’insuline est le remède spécifique du diabète : c’est le médicament le mieux adapté à cette maladie. Mais il est abusif d’employer cet adjectif comme synonyme de « spécial » ou de « particulier ».

On dit

On ne dit pas

Il a un talent particulier

Une voix au timbre spécial

Il a un talent spécifique

Une voix au timbre spécifique

 

Au plan

Le 3 décembre 2012

Emplois fautifs

Par analogie avec Au point de vue (de) a été créée la forme fautive Au plan (de).

Le nom Plan appartient d’abord au vocabulaire de la géométrie. On l’utilise ensuite pour désigner, dans un espace à trois dimensions ou dans sa représentation en perspective, chacune des surfaces planes imaginaires correspondant aux divers degrés d’éloignement des personnes ou des objets que perçoit un observateur. On emploie souvent les locutions Au premier plan, au second plan, à l’arrière-plan, en gros plan pour décrire un tableau, une photographie et, figurément, pour souligner l’importance relative de telle personne, de telle chose : C’est un personnage de premier plan. Il a relégué sa vie privée au second plan. Cependant, la construction avec la préposition à ne saurait être étendue à d’autres emplois. Pour indiquer le point d’où l’on se place pour appréhender telle ou telle question, on utilisera Sur le plan (de). On dit d’ailleurs, Sur ce plan, il a raison et l’on n’entend jamais À ce plan, il a raison. En lieu et place d’Au plan (de) on emploiera donc Sur le plan (de) ou son synonyme Au point de vue (de).

 

On dit

On ne dit pas

Sur le plan international

Sur le plan juridique

Au point de vue économique

C’est indéfendable au point de vue moral

Au plan international

Au plan juridique

Au plan économique

C’est indéfendable au plan moral

 

 

Basé sur

Le 3 décembre 2012

Emplois fautifs

L’emploi du verbe Baser a fait l’objet de longs débats. Littré le considérait comme un néologisme inutile. Royer-Collard, homme politique et professeur de philosophie, combattit vigoureusement son introduction dans le Dictionnaire de l’Académie française par ces mots : « S’il entre, je sors ! » On s’accorde aujourd’hui pour employer Baser sur dans le domaine militaire et l’y réserver : Des troupes ont été basées sur la frontière. On évitera donc l’emploi figuré, transposition de l’anglais based on, qui s’est abusivement répandu, et on lui préfèrera des synonymes comme Fonder, Établir ou Asseoir.

 

On dit

On ne dit pas

Une théorie établie sur des bases vérifiables

Un raisonnement établi sur des déductions judicieuses

Une prospérité fondée sur l’industrie et l’agriculture

Une théorie basée sur des faits vérifiables


Un raisonnement basé sur des déductions judicieuses

Une prospérité basée sur l’industrie et l’agriculture

 

Des fois

Le 3 décembre 2012

Emplois fautifs

Aux adverbes de temps Parfois et Quelquefois, on ne doit pas substituer la locution adverbiale Des fois. On ne doit pas non plus employer la locution conjonctive Des fois que pour Au cas où.

 

On dit

On ne dit pas

Quelquefois, il reste des semaines sans venir nous voir

Parfois il neige jusqu’en mai

Au cas où il y aurait un problème, n’hésitez pas à me prévenir

Des fois, il reste des semaines sans venir nous voir

Des fois, il neige jusqu’en mai

Des fois qu’il y aurait un problème, n’hésitez pas à me prévenir

Rappelons que l’exclamation populaire Des fois peut s’employer pour marquer avec véhémence son désaccord, son indignation : Non, mais des fois !

S’ensuivre

Le 3 décembre 2012

Emplois fautifs

Le verbe S’ensuivre signifie « découler, résulter ». On ne doit pas écrire s’en suivre en trois mots car si le verbe suivre peut s’employer en ce sens, ce n’est pas le cas de la forme pronominale se suivre. En effet, on ne dit pas Il se suit de cette remarque que ... mais Il suit de cette remarque que...

 

On dit

On ne dit pas

Il s’ensuivit de grands troubles ou de grands troubles s’ensuivirent

Le développement qui s’est ensuivi

Il s’en suivit de grands troubles ou de grands troubles s’en suivirent

Le développement qui s’en est suivi

 

La forme s’en ensuivre est correcte et se rencontre chez les meilleurs auteurs. Elle n’est plus guère employée aujourd’hui aux temps simples du fait de la succession des sons « en », mais elle l’est encore aux temps composés dans lesquels, entre les deux sons « en », s’intercale le verbe être : Il a été peiné par les évènements qui s’en sont ensuivis.

Acter

Le 8 novembre 2012

Emplois fautifs

Le verbe Acter appartient au vocabulaire juridique et ses emplois doivent rester limités à ce domaine. Il est utilisé à tort aujourd’hui, par emphase, dans divers sens à la place du verbe juste.

Ce verbe est transitif direct, et l’on ne doit pas le construire avec la préposition de, par une analogie fautive avec Prendre acte de.

 

On dit

On ne dit pas

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