Dire, ne pas dire

Amalgame, alliance, alliage, aloi

Le 07 septembre 2015

Bonheurs & surprises

En quelques siècles, l’amalgame est passé du vocabulaire des alchimistes à celui des dentistes. L’origine de ce nom a longtemps été discutée ; on l’a d’abord rattaché au grec malagma, « ramollissement ». Mais, comme alchimie, ce mot nous vient, en réalité, de l’arabe. Littré se demandait s’il fallait le rattacher à amal al-djam’a « œuvre de l’union charnelle », qui est l’étymologie communément acceptée aujourd’hui, ou à al modjam’a, « consommation du mariage » : les alchimistes comparaient l’union du mercure avec les autres métaux à l’union des corps et, pour eux, le mercure était le mari et l’autre métal, la femme.

Le mercure est en effet la base de l’amalgame. Contrairement aux autres métaux, il a la particularité d’être liquide, et donc très mobile, à température ambiante. C’est ce qui lui a valu son nom actuel : Mercure est en effet le dieu des marchands et des voleurs, mais aussi le messager des dieux. On a donc donné le nom de ce personnage sans cesse en mouvement à ce métal insaisissable, que l’on appelait auparavant, pour sa couleur et pour sa mobilité, le vif-argent.

Les textes latins médiévaux nous expliquent comment faire un amalgame de mercure et d’or : Accipe uncias V boni auri foliati et fac amalgama cum IV unc[iis] Mercurii … et super ipsum amalgama pone octavam partem uncie salis alkali. « Prends cinq onces de bon or sous forme de feuilles et fais un amalgame avec quatre onces de mercure… et sur cet amalgame, ajoute un huitième d’once de sel alcalin. »

L’analogie entre l’union des corps et celle des métaux se retrouve dans d’autres termes. Le verbe allier participe lui aussi de ces deux mondes puisque c’est de lui que sont dérivés les noms alliage, c’est-à-dire l’action de combiner des métaux par la fusion, et alliance, dont un des sens particuliers est celui de mariage. Et on se souviendra que l’alliance, c’est aussi la bague de mariage, qui devait autrefois être formée symboliquement de deux anneaux réunis, et dont chacun était d’un métal différent.

Allier est issu du latin alligare, « attacher, unir ». C’est aussi de ce dernier que nous vient l’ancien français alloier, un doublet d’allier, qui s’est maintenu dans les formes anglaises alloy, « alliage », et to alloy, « faire un alliage », et dans le français aloi, c’est-à-dire l’alliage des métaux qui formaient une monnaie, et qui n’est guère resté que dans les expressions de bon aloi et de mauvais aloi qui ont d’abord qualifié les pièces dans lesquelles la proportion de métal précieux était ou n’était pas respectée, et qui est employé aujourd’hui comme synonyme de « de bonne qualité » ou de « de mauvaise qualité ».