AVIS DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
SUR LE PROJET DE RÉFORME DU BREVET
EUROPÉEN
du 21 juin 2001
Mieux
protéger la recherche française en diminuant le coût
des brevets, nul ne contestera cet objectif des plus légitimes.
Mais
le projet d'accord discuté à Londres ne nous semble pas
emprunter la bonne voie. Non content de remettre en cause des principes
considérés comme fondamentaux par notre pays, il se trompe
de bataille.
Le
français étant la langue de la République, la France
ne peut accepter que des textes en langues étrangères aient
force de droit sur son territoire.
De
même, elle ne peut admettre la perte de statut international qu'entraînerait,
pour la langue française, la signature du protocole.
En
fait, par le biais des brevets, se trouve une nouvelle fois posée
la question que nul n'ose aborder de front : quelle langue, quelles langues
doit parler l'Europe ? Question centrale, question décisive, question
politique s'il en est et qu'on ne peut trancher morceau par morceau, dossier
par dossier, guidé par le seul souci de la commodité pratique.
D'autres méthodes existent pour soutenir l'innovation française.
économiser sur les traductions, c'est non seulement mettre en péril
les langues nationales, mais aussi amputer la plus irremplaçable
richesse de notre continent : sa diversité.
Pour
ces raisons, l'Académie française demande solennellement
aux pouvoirs publics de ne pas signer le projet de protocole discuté
à Londres.
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